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Un fils extraordinaire

Fêtes et occasions spéciales image article
Mon premier fils a 19 ans aujourd’hui.

Jusqu’à tout récemment,  il a été mon seul garçon, entouré de sœurs. De quoi se sentir un peu beaucoup perdu à quelques plusieurs reprises!
 
Il s’appelle Jérémy.  Je le nomme, car il me disait hier que je pouvais écrire sur lui. Et qu’il me lirait peut-être ;)
 
Il m’a même suggéré de titrer ce billet « Mon autiste fête ses 19 ans ». Il s’est dit que les mots fête et autiste attireraient des clics. C’est l’humour de Jérémy.  Certains en sont troublés, moi j’adore. 
 
Je pense aussi que toute cette autodérision l’aide à apprivoiser son diagnostic, tombé il y a seulement 4 ans et demi.  Pas évident de recevoir une étiquette en plein cœur de l’adolescence.  Surtout quand c’est assez flou…
 
Mon fils évolue dans le spectre de l’autisme. Suis-je la seule à être ambivalente devant la terminologie? Spectre, ça me fait toujours penser à un fantôme…
 
Or, mon fils est bien vivant.  Après des débuts de vie difficiles, où il a mené un gros combat pour demeurer avec nous à mon immense soulagement, il a fait son petit bonhomme de chemin, menant encore des combats, mais de façon plus discrète, sans que je le sache toujours.
 
Dès le départ, je le savais différent de sa sœur. Il avait ce regard qui transperce l’âme et qui semble voir plus loin que notre réalité. Il prenait le temps d’analyser les gens avant de leur sourire.
Mais il souriait. Il babillait. Il n’a pas eu de retards de développement. Il est super intelligent. Il ne pétait pas de crises…
 
Un enfant « normal », qui a grandi en réfléchissant peut-être un peu plus que les autres au sens de la vie. Qui posait beaucoup de questions, qui prenait le temps de regarder ce qui l’entourait avec un peu plus d’attention que les autres…
 
Avec le recul, avec en poche ce fameux diagnostic, je me dis que Jérémy était (et est encore) un peu comme un voyageur débarqué en terre inconnue, au milieu d’un peuple aux us et coutumes lui paraissant parfois vraiment étranges.
 
Et pourtant, c’est lui qui se fait zieuter, puisque minoritaire dans la tribu…

Parfois, je vis de la culpabilité de ne pas avoir obtenu plus d’aide, plus vite, plus adéquate pour lui. J’aurais aimé lui faciliter les choses. Et je sais que même encore aujourd’hui, avec tout ce que j’ai appris sur ce fameux « spectre  de l’autisme », je manque encore souvent de tact, de patience. Je le bouscule, je le pousse à s’adapter à la tribu majoritaire. Alors qu’à d’autres moments, cherchant à bien faire, je tente d’expliquer au monde extérieur que « mon fils est autiste et que c’est pour ça que ceci et cela… ». Même s’il est un adulte maintenant.
 
Même si ça peut être embarrassant pour lui.
 
Mais peu importe mes gaffes, il me pardonne toujours. Et rapidement. C’est dans sa nature. La rancune ne lui colle pas au cœur…
 
Depuis un bon moment, Jérémy semble plus en paix avec son diagnostic. Je crois que son amoureuse l’y a beaucoup aidé. Eh oui, il a une blonde, depuis 3 ans et elle est neurotypique ( pour ceux qui se posent la question).
 
Comme il a un réel talent pour communiquer et que le sujet n’est plus tabou, c’est plus facile de se faire une idée de ce qu’il vit. Ainsi, je comprends mieux ce qu’il ressent dans un centre d’achats bondé et je sais que ce qui passe aux yeux de certains comme des caprices au niveau de la bouffe ou de l’habillement n’en sont pas du tout.
 
Comme il communique, je sais aussi que l’avenir l’angoisse parfois et j’espère vraiment parvenir à l’aider dans sa vie d’adulte qui commence. J’ai confiance qu’il s’en sortira très bien, même si son parcours n’est pas ordinaire.

Mais pourquoi vouloir d’un parcours ordinaire quand on est extraordinaire?
 

Jérémy, j’ai scanné la photo de bébé que tu as collée sur le frigo quand tu l’as trouvée.
 
Récemment, tu m’as demandé si je devais réfléchir avant de sourire. Ça semble être ton cas parfois.

Mais cette photo, et les étincelles que je vois souvent dans ton regard, me disent qu’à toi aussi, il arrive de sourire sans y penser.
 
Et ça me fait du bien.

Tu me fais du bien.
 
Hier, quand je t’ai demandé si tu aimerais ne plus être autiste, tu m’a dit que pour le savoir, il faudrait que ce soit possible d’essayer et de revenir si tu n’aimais pas ça.
 
Moi, je me suis déjà demandé ce que je préférerais pour toi. J’en suis venue à la conclusion que j’aimerais souvent t’épargner le stress et les défis que tu traverses.

Mais que jamais, jamais, je ne voudrais TE changer toi.
 
Mon garçon, je veux te souhaiter un superbe anniversaire, une superbe année. Un superbe avenir.
 
Je t’aime xxxx