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Le dernier but

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Je salue les parents d’arénas qui viennent de ranger l’équipement dans le fond du sous-sol, en attendant de le ressortir au mois d’août prochain (à moins que votre enfant ne quitte jamais l’aréna, ce qui est un tantinet extrême).
 
Moi aussi je viens de ranger le sac de mon garçon, mais cette fois, c’est pour de bon. Eh oui, après des années de plaisir, cette saison aura été sa dernière dans le hockey mineur. Toute bonne chose a une fin.
 
Il n’est que Pee-Wee, il aurait pu continuer encore, mais en grand sportif qu’il est, il était rendu à la croisée des chemins. On a toujours valorisé les sports multiples pour nos enfants, question de ne pas se cantonner à une seule activité. Au fil des ans, il a donc goûté à la natation, au karaté, à la course à pied, pour finalement se concentrer sur ses deux sports préférés, le soccer et le hockey.
 
Le problème en performant dans plusieurs disciplines, c’est que les attentes montent elles aussi. Et comme les semaines ne s’allongent pas, que les parents ne peuvent se séparer en 8 et que l’école a aussi droit à une attention soutenue, il a fallu faire un choix :  hockey ou soccer?
 
Il a choisi le soccer, sans hésitation. Quand j’étais petit, je connaissais tous les joueurs de la LNH, leur équipe, leur position. Lui c’est la même chose, mais avec les joueurs de foot européens. Il ne rêve pas de rencontrer Sydney Crosby ou Carey Price, mais Zlatan Ibrahimovic. Le soccer, c’est sa passion.
 
Donc, fini le hockey mineur. J’ai tout de même un petit pincement au cœur en pensant à tous les bons – et moins bons – moments passés dans les arénas au fil des ans. Mais aussi toutes ces discussions avec lui dans l’auto, les conseils dans le garage en pratiquant des lancers, la fébrilité des tournois et tout le reste.
 
Et je suis très heureux d’avoir eu l’occasion d’être derrière le banc comme assistant-coach pendant une saison. Parfois, dans un nouveau contexte, on apprend à connaître notre enfant sous un autre angle. Et j’ai adoré ce que j’ai vu.
 
Le hasard a voulu qu’il compte le tout dernier but de son équipe cette saison. Son soulagement et sa fierté m’ont réchauffé l’âme. C’est ce qu’on appelle conclure sa carrière de belle façon.
 
Finalement, je bénis la chance qu’il a eue de ne jamais subir de blessure sérieuse durant toutes ces années sur la glace. Blessures d’orgueil, parfois, mais ça se soigne vite. J’ai eu moins de chance que lui, m’ébouillantant souvent avec mon café en me levant trop vite pendant une échappée…
 
Allez, on range l’équipement. Mais… pas trop loin? Le hockey civil est fini, mais… n’ai-je pas entendu parler du réseau scolaire, qui offre des horaires plus humains et un encadrement génial? Tiens tiens… Il y a peut-être un espoir. Une lumière de but qui s’allume au loin. Je vais garder ses patins aiguisés, on ne sait jamais.
 
Merci petit loup pour toutes les émotions. En donnant le meilleur de toi-même, tu as rendu tes parents très fiers. Et tu as même transmis ta passion sportive à te petite sœur, qui pourtant n’avait aucune attirance envers le hockey avant de te voir jouer. Si elle a insisté pour devenir elle aussi une hockeyeuse, c’est parce qu’elle a vu ton sourire à chaque match. Tu lui as montré le plaisir  de jouer au hockey, alors ce sera ton héritière sur la glace.
 
Tu as gagné souvent, tu as perdu aussi souvent, tu as soulevé des bannières, tu as pleuré amèrement, tu as été joueur du match, reçu de mauvaises punitions, marqué en fusillade, raté des filets ouverts, grogné contre les arbitres.  Tu as réussi quelques tours du chapeau, tu as perdu plein de bas mais tu as gagné des tas d’amis.
 
Le chronomètre s’écoule et en cette fin de 3e période, je te l’annonce officiellement : tu es un gagnant.
 
Merci pour tout.