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Passe!!! passe!!! passe!!!!

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Cet été, j’ai décidé d’être original et de faire quelque chose que jamais personne n’a fait et j’ai nommé : inscrire mes enfant au soccer. Ça me tentais d’aller m’asseoir au soleil tous les lundis soirs de l’été pour applaudir en me faisant manger par les moustiques, entouré de parents beaucoup trop intenses. 

Le processus pour aller jouer au soccer débute très tôt parce que la veille, je me sers du soccer pour faire du chantage à mes enfants : «Faites ce que je vous dis, sinon, pas de soccer! » C’est très efficace! Ensuite, je dois m’assurer de préparer l’équipement nécessaire, c’est-à-dire des souliers, avec crampons s’il-vous-plait, des protège-tibias (même si y’a pas un enfant de cet âge qui frappe assez fort pour que ça fasse mal à un tibia), de longs bas, pour protéger les protège-tibias et un gallon de chasse-moustiques. Le talent est, bien sûr, optionnel à ce point-ci.

J’ai la chance d’avoir conçu mes enfants dans un délai assez court pour qu’ils jouent dans le même groupe de soccer, j’ai vraiment pensé à tout! Mais comme ma fille est plus vieille, elle est nettement meilleure que son frère. Ce qui m’oblige à mentir à mon fils quand il me demande s’il est aussi bon que sa sœur. « Toi tu es bon différemment mon grand! Tu es un des 20 meilleurs dans ton groupe! » À 5 ans, ça passe encore et j’en profite.

Quand on arrive à la première session, les enfants reçoivent un gilet rouge au logo de la ville pour les identifier. Tous les gilets ont la même taille, mais les enfants, eux, non. Quelques-uns finissent par jouer en jaquette et d’autres en gilet bedaine. Je n’aime pas que tous les enfants aient le même gilet, car il y a toujours un autre enfant qui ressemble drôlement à mon fils et je me retrouve à encourager le mauvais joueur pendant 30 minutes. Et ensuite je suis déçu que ce n’est pas lui mon fils.

Les sessions de soccer fonctionnent toujours de la même façon : au début, on fait des exercices que les enfants ne comprennent pas, puis le « coach » explique un nouvel aspect du sport qui échappe à tout le monde et ensuite, pour pratiquer cette nouvelle notion, on joue un « match » qui finit par être un tapon d’enfants qui courent après un ballon. C’est mon moment préféré. C’est là que les parents s’éveillent et commencent à encourager leurs enfants comme s’ils avaient gagé leur maison sur l’issue du match. C’est un spectacle absurde comme Ionesco l’aurait écrit.  L’entraîneur crie « Restez pas en tapon, restez pas en tapon! »  et les enfants restent en tapon… « Faites des passes, faites des passes! » et personne ne passe.

Sur 20 enfants, y’en a toujours 4 qui savent jouer, qui sont bons et qui rendent jaloux les autres parents. Y’en a 12 qui aiment vraiment jouer, mais qui n’ont aucune idée de ce qu’ils font, à part se mettre dans le chemin des 4 bons joueurs. Ensuite, il y a les 4 autres qui ne sont pas là pour jouer au soccer, qui espèrent être gardiens pour ne pas avoir à courir et qui sont facilement distraits par le vent, les nuages ou leur envie de faire pipi. Mon fils fait partie de cette catégorie. 

L’autre jour, je criais : « Vas-y, mon grand, vas-y! T’es capable, c’est beau! » depuis 5 minutes. Puis, je me suis rendu compte qu’il était en train de manger une banane assis dans la chaise d’un parent qu’on ne connait pas. « Qu’est-ce que tu fais là??? » lui ai-je demandé. « Je joue au soccer, papa... » Ça sent déjà la coupe du monde chez moi! Au moins, il est meilleur que le p’tit gars qui mange de l’herbe dans son but et qui pleure quand il voit le ballon.

Ma fille est très bonne mais elle a la fâcheuse habitude de bien écouter et de comprendre vite. Ce qui fait que, quand l'entraîneur lui dit : « Mets-toi pas dans le tapon, place-toi et attends une passe », elle fait exactement ça, elle se place et attend une passe… qui ne vient jamais parce que des enfants de 5 et 6 ans, ça ne fait pas de passe! Mais elle est toujours bien placée! Un soir, elle a touché le ballon, j’ai crié tellement fort de joie que j’ai fait pleurer ma fille de 13 mois qui commence vraiment à se demander pourquoi on ne donne pas un ballon à tous les enfants pour qu’ils arrêtent de se chicaner.

Cet automne, je les inscris au karaté… ils vont être bons, ils ont passé l’été à donner des coups de pied dans le vide!