Avez-vous l’impression d’être plus émotifs depuis que vous avez des enfants?
Je me passais la réflexion l’autre jour, en regardant moi aussi les enfants courageux au téléthon, tout en réprimant un petit chatouillement oculaire. C’est drôle, je ne trouve pas vraiment d’études sur le sujet, mais j’ai curieusement l’impression que la sensibilité explose avec les années.
Je ne me souviens pas d’avoir été particulièrement braillard étant enfant. Adolescent, vraiment pas, man. Et jeune adulte non plus. Mais avec les années, oups, on dirait que la valve à émotions a des fuites.
On s’entend, ce ne sont pas toujours des larmes mais parfois juste des bouffées piquantes qui envahissent sans avertissement. Et pas n'importe quand. Un film de filles, ça me fait rarement verser une larme, même quand les deux amoureux se retrouvent à la fin, avec la musique pis toute… ZzzzZZZzzz.
Mais quand je vois quelqu’un qui reçoit une ovation, genre, j’ai un petit feeling. Suis-je normal, docteur?
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D’où ça vient, cette émotivité avec l’âge? On n’a pas tous des hormones de femmes enceintes, quand même?
Sur le web, il ne se passe pas une semaine sans qu’on voit un vidéo de retrouvailles, ou une pub d’enfants malades, ou un hommage aux mamans d’athlètes… Comment se fait-il que certaines images touchent et d’autres non?
C’est trop mystérieux, il faut que j’en sache plus. Je cherche à décortiquer tout ça et je peux classer le tout en 3 parties :
Premièrement, la plus puissante émotion, c’est évidemment les enfants. Bon, comme j’ai eu les yeux humides à la naissance de chacun de mes enfants, ça m’a donné une idée de ce qui m’attendait avec eux. Dans le cycle des larmes, les enfants pleurent beaucoup quand ils sont petits. Après, c’est à notre tour.
Nos enfants nous apportent surtout des larmes de fierté. Pendant leur spectacle, comme l’écrivait mon amie Mylen. Ou à la fin de leur première pièce de théâtre. Et évidemment, après le premier but au hockey. Juste voir leur sourire, imaginer LEUR émotion, c’est assez pour nous en créer une encore plus forte. Fascinant.
Mais ça déborde de nos enfants. Ceux des autres aussi. En histoire, en vidéo, en film. En photo, même. Dès qu’on voit un enfant, ça vient chercher quelque chose de très profond en nous.
La 2e catégorie d’émotion, c’est devant des gestes de courage, d’entraide et de générosité. Des vidéos de gens qui se dépassent, qui traversent des obstacles majeurs. Un coureur anéanti qui termine quand même sa course en boitant, un père qui courre des marathons en poussant son fils handicapé pour lui faire plaisir, des gens qui décident spontanément d’aider les autres. C’est beau.
Finalement, l’autre truc qui rend émotif, c’est le temps qui passe. La vie est encore plus belle parce qu’elle est éphémère. Voir le passage du temps, c’est à la fois beau et émouvant. Même quand c’est dans une pub.
C’est surement pour ça que j’avais les yeux aussi mouillés à la fin de Toy Story 3, quand le grand Andy donne ses jouets à la petite fille. Il y avait des enfants, de la générosité, et le signe du temps qui passe si vite. Aucune chance de rester insensible.
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J’ai demandé à mon collègue Joël Legendre, lui si sensible, comment il peut passer 25 heures à animer un téléthon aussi émouvant? « Il ne faut pas que je regarde les reportages qu’on diffuse, sinon je craque. Mais tu devrais me voir quand je sors du plateau… »
Le point central de tout ça, c’est l’empathie. Avec les années, avec l’expérience, on dirait qu’on peut comprendre, ou à tout le moins imaginer comment se sentent les autres personnes. Et c’est là qu’on devient émotifs.
Et vous savez quoi? Tant mieux. Être ému, c’est peut-être ce qui rend l’être humain le plus… humain.


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