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Être un enfant «doué»

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Depuis le temps que vous me lisez, je ne devrais plus être gênée de vous écrire…

Pourtant, il y a de ces sujets qu’on hésite à aborder, par pudeur, par peur du jugement, par crainte de mal s’exprimer…

Par peur de se faire accuser de se vanter…

Je me demande si c’est propre au Québec cette peur d’avoir l’air de se penser supérieur aux autres. En tout cas, réglons un point tout de suite : ce texte n’est pas un exercice d’auto congratulation.

Cette semaine, 90 % de la population Facebook semble avoir fait un petit test de Q.I.  Je ne suis pas ici pour en contester la validité, même si curieusement, tous mes amis et même ma fille de 10 ans, ont eu des résultats supérieurs à la moyenne.

Je vous l’avoue, par curiosité, je l’ai fait aussi. Mais je n’ai pas partagé le lien clamant mon résultat. Et quand quelqu’un m’a demandé combien j’avais eu, j’ai eu un moment d’hésitation.

Et je me suis retrouvée des années en arrière, à l’école primaire, au secondaire…

J’ai très tôt appris à cacher mes copies d’examens, quand le prof me les remettait. J’ai souvent éludé la question, quand un copain de classe me questionnait sur mon résultat. J’ai même parfois menti, à la baisse… Quand la classe devait lever la main pour répondre à une question, j’ai cessé de me proposer. Idem quand j’avais une question : il valait mieux me débrouiller seule pour éviter l’attention.

Parfois, un « ami » mettait quand même la main sur ma copie et m’accusait ensuite « de me vanter ».

Je ne suis pas une surdouée. Je fais partie, selon les tests qu’on m’a fait passer quand j’étais jeune du « 2 % de la population ayant une intelligence supérieure ».   On ne se lancera pas dans un long débat sur les divers types d’intelligence et sur la contestabilité des tests classiques. Je vous mentionne cette portion de ma vie, qu’on peut résumer avec l’étiquette de « bollée ».

Et je trouve ça plus difficile que de vous avouer mes plus gros défauts…

Voyez-vous, je ne me considère pas comme « bollée », même si je me reconnais dans plusieurs caractéristiques et centres d’intérêts des « doués » selon Wikipedia.

 

En fait, j’ai tellement lutté contre cette étiquette, que parfois je me demande si je n’ai pas endormi quelques-unes de mes neurones, bousillé certaines de mes capacités.

Maintenant que c’est dit, pourquoi je l’ai dit?

Parce qu’après avoir écrit plusieurs fois sur les enfants « différents » et sur les intimidés, je me dis qu’il est peut-être le temps de dire que ce qu’on nomme douance ou surdouance n’est pas toujours facile à porter, surtout à l’école.

On se dirige tranquillement vers la rentrée et je pense à ces enfants et ces ados qui camoufleront peut-être leurs capacités et leurs émotions cette année. Qui s’empêcheront d’utiliser un vocabulaire « riche » pour ne pas se faire traiter de snob. Qui déconneront peut-être pour se faire avertir par le prof, pour ne pas passer pour le chouchou. Qui cacheront leurs résultats même à leurs meilleurs amis. Et qui se tourneront peut-être les pouces, même si de nos jours, il existe des formules scolaires plus variées et j’espère stimulantes que « dans mon temps ».

Mais il n’y a pas que le jugement des autres élèves ou les risques d’ennui qui peuvent peser sur les épaules et dans le cœur d’un enfant « doué ».

Il y a les attentes, les remarques, les conseils, les reproches, les blagues, des adultes…

« Juste 100 %? Tu aurais pu faire mieux! »

« Avec ton intelligence, tu devrais être capable de comprendre ça! »

« Si tu faisais autant d’efforts que ta sœur, tu aurais toujours 100 %. Tu gaspilles ton potentiel. »

« Toi, tu peux faire ce que tu veux plus tard, c’est facile »

« Toi, dès que ça deviendra difficile, tu abandonneras. Tu ne sais pas ce qu’est l’effort »

« Avec tes capacités, tu ne peux pas viser « plus bas » que chirurgien! »

« On sait bien, toi tu es la seule qui ne stresse pas pour l’examen! »

« Toi, tu penses toujours tout savoir! »

« Les idées de fou, ça vient toujours de toi! »

 

Pour certains, il y a la « sur attention », la stimulation en tout temps, les exigences élevées dans tout, le refus de voir son enfant ne pas désirer atteindre l’excellence en tout…

Pour d’autres, il y a une certaine indifférence. Pourquoi féliciter l’enfant quand on sait qu’il réussit tout le temps?

Et au centre, il y a un jeune qui peut être bien mélangé. Mélangé entre ce que les autres veulent qu’il fasse de son fameux potentiel et ce que lui, désire au fond de son cœur.
Mélangé au milieu de toutes ces possibilités d’avenir et de ses intérêts souvent multiples. S’il peut tout faire, comment choisir?  Et s’il se trompe, qui va-t-il décevoir?

 

Le jeune grandit, ne prend pas toujours le chemin qu’on désire pour lui. Tous les enfants doués ne finissent pas avec une maitrise en poche, une carrière fulgurante et des millions en banque.

Et quand c’est le cas, l’adulte « doué » se souvient…

« Avec ton potentiel, tu peux réussir tout ce que tu veux! » Donc a-t-il assez « voulu »?

Pourquoi n’a-t-il pas visé plus haut? A-t-il gaspillé son potentiel?

Est-il finalement stupide, de chercher son bonheur en dehors des sentiers classiques?

Et pourquoi au fait, quand on a un enfant avec difficultés d’apprentissage, on dit qu’on souhaite son bonheur et qu’à un enfant doué, on donne la responsabilité de son bonheur?

 

Ça en pose beaucoup, des questions, un enfant doué. Et ça pense souvent trop. Trop vite, trop tout le temps, trop en « arborescence ». Et quand c’est grand, ça réfléchit toujours autant, sauf que ça a peur de passer pour un esprit délirant.

Alors souvent, ça a 6, 10, 14 ans. Et ça cache ses pensées comme ses résultats d’examen. Ça censure ses mots trop « compliqués » et ça met de côté ses « projets de fou ».

Et parfois, ça écrit un billet de blogue, sans trop réfléchir sinon il ne publiera pas.

Sérieusement, je n’ai jamais eu si peur de publier un texte.  Pourtant, je peux vous expliquer que je louche parfois, que je suis allergique aux rapports d’impôts, que je suis une mère plutôt moyenne, que j’ai connu la pauvreté. Je pourrais même vous parler de ma vie sexuelle ou de mes croyances spirituelles.

Je m’appelle Mylen. Je ne me souviens pas d’avoir appris à lire, c’est venu tout seul, avant l’école. En première année primaire, je foxais l’école, attendant de pouvoir y apprendre quelque chose un jour. Quand j’étais petite, je ne comprenais pas l’intérêt de mes amis pour certains dessins animés. À 10 ans, je lisais des livres pour adultes. On a proposé à mes parents de me faire faire mon secondaire en trois ans plutôt que cinq, ce qu’ils ont refusé (merci!). J’ai souvent eu l’impression que je devais m’excuser de ne pas avoir à étudier pour performer. Je n’ai pas eu de bons résultats dans tous mes cours; j’en aurais été capable, je n’y voyais pas l’intérêt. Mea culpa. Je n’entrais tellement dans aucune case que je ne suis pas parvenue à faire le parcours qu’on attendait de moi. Pour certains, j’ai gaspillé mon potentiel, contrairement à plusieurs de mes amis doués qui eux, on répondu aux attentes.

Comme adulte, j’ai déjà fait exprès de perdre à des jeux-questionnaires ou au Scrabble. Au travail, j’ai souvent l’impression que je pourrais faire mieux. Il m’arrive de me complexer par l’absence de gros diplômes sur mes murs. Je n’ai aucune aptitude spectaculaire et quand on m’a suggéré d’aller vers Mensa, je ne comprenais pas trop pourquoi. 

Et surtout, au fond de moi, il demeure une petite fille qui aimerait que les grands soient fiers d’elle de temps en temps…

 

Parents et enseignants d’enfants « diagnostiqués doués » ou non, j’aimerais juste vous demander de les aimer et de les encourager. Quand c’est difficile pour eux, mais aussi quand c’est « facile ». Car, bien plus que le quotient intellectuel, ce qui fait du bien à tous, c’est le quotient émotionnel, et pourquoi pas, affectif… On se sent alors moins seul.

 

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