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Bruit d’enfants et oreilles sensibles

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Avoir des enfants, c’est apprendre à vivre avec du bruit.
 
En fait, la courbe sonore d’un enfant au fil des ans est faite comme une colline. Les bébés génèrent à peine quelques décibels (à part quand ils pleurent) puis le bruit grimpe tout au long de l’enfance pour enfin redescendre vers un silence renfrogné à l’adolescence.
 
Ce n’est pas long que les enfants comprennent que le son peut devenir un outil, un signal, un message ou une œuvre d’art (plutôt abstraite). On est tous aux anges quand notre bébé découvre qu’en tapant sur son petit xylophone, ça produit des notes. Il vient de faire une découverte fascinante. (Après quelques heures, il est toujours aussi euphorique, mais nous, un peu moins).
 
Vers les deux ans, les enfants découvrent malheureusement que le bruit qui sort de leur bouche peut être une arme redoutable pour faire réagir leurs parents. Hurler, c’est s’exprimer. Puis au fil des années, les jeux deviennent de plus en plus sonores. Jouer à la tag, c’est beaucoup mieux en criant. Même jouer à la cachette, c’est ironiquement faire beaucoup de bruit alors que ça devrait être le contraire.
 
Bref, des enfants qui s’amusent, ça fait du bruit. Ils ne viennent pas au monde avec un silencieux intégré. Et oui, même quand ils sont « bien élevés », ils ont la charmante tendance à vivre intensément (pour ne pas dire bruyamment) le moment présent.
Le bonheur, ça résonne aussi dans les décibels.
 
Mais les oreilles d’adultes tolèrent moins bien le bruit. La preuve, même dans la maison, quand le bruit ne dérange à peu près personne (à part nous, bien sûr), il n’est pas rare qu’on leur demande de baisser le ton. C’est comme un réflexe.
 
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je me suis rendu compte avec le temps que le bruit de mes enfants était toujours plus agressant que celui des autres. Je ne sais pas trop pourquoi. Pas qu’ils soient si tapageurs, mais j’ai plus tendance à intervenir quand la source sonore irritante vient des miens que quand il s’agit de leurs amis.
 
Et ce n’est pas le cas pour tout le monde, comme on peut le constater parfois en public.
Vous avez surement déjà croisé des parents qui semblent insensibles aux hurlements de leurs enfants. Ou alors ils font preuve d’une sérénité surhumaine. Peut-être même trop.
 
C’est normal que des enfants fassent du bruit même dans les endroits publics. Et en tant que parents (qui sont passés par là) on peut être très tolérants. Sauf si… les parents responsables ne semblent absolument rien faire pour tempérer les ardeurs, même quand ça dépasse les limites. On accepte le bruit, mais moins la mauvaise foi.
 
***
 
Parlant de bruit, ça me rappelle cette histoire, il y a quelques mois, où des jeunes de Québec ont dû arrêter de jouer au hockey dans la rue, parce que les voisins se sont plaints. Pas parce qu’ils ont brisé quelque chose. Pas parce que c’était dangereux (ils jouaient dans un rond-point). Non, simplement parce qu’ils faisaient du bruit.
 
On a tous trouvé l’histoire ridicule. On a tous vu le paradoxe épouvantable entre ce règlement désuet et la mission sociale de valoriser l’activité physique chez les jeunes. Bougez, mais en silence.
 
Et ce n’est pas la seule histoire du genre. Je me souviens d’un projet de terrain de jeu pour enfants qui a dû être abandonné après les pressions d’un lobby d’oreilles sensibles. C’est comme une omerta sociale; La loi du silence appliquée aux enfants.
 
Je ne dis pas qu’on doit laisser les enfants hurler sans rien dire. Je ne dis pas qu’on doive abandonner tout civisme au détriment d’une liberté d’expression plus bruyante que nécessaire. Au contraire, notre rôle de parents implique de leur apprendre ce qu’est le respect des autres – y compris de leurs tympans.
 
Mais apprendre, ça ne passe pas vraiment par l’interdiction formelle du bruit. Pour une fois, il vaut peut-être mieux guérir que prévenir : Laissons-les jouer, et calmons leurs ardeurs s’il le faut.
 
Après tout, le bruit des enfants, c’est l’écho de notre propre Histoire.