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D'autres bonnes raisons d'interdire les livres

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Comme ça, un chauffeur a eu la bonne idée d’interdire aux enfants de lire des livres dans son autobus, par mesure de sécurité.
 
Déjà, juste la nouvelle nous laisse bouche bée. On lit le titre, puis on se dit que c’est sûrement du sensationnalisme, que ça ne s’est sûrement pas passé comme ça, qu'ils vont sans doute revenir sur leur décision… Mais non.
 
Puis quand enfin on lit l’argument massue « Parce que les autres enfants pourraient être incités à se lever pour aller voir ce que la jeune fille lit », là on comprend. Mais oui. Enfin, me voilà convaincu.
 
Que dire de plus. Un livre peut être dangereux. On a parlé du risque d’en recevoir un dans le coin de l’œil, mais en y pensant comme il faut, il y a plein d’autres bonnes raisons d’interdire les livres.
 
Parce qu’il est possible de se coincer un doigt entre les pages lorsqu’on le ferme brusquement.
Parce qu’on peut en échapper un sur son pied.
Parce qu’on peut se faire une douloureuse coupure en glissant son doigt contre le papier.
Parce qu’on pourrait s’asphyxier en s’endormant dessus.
Parce que l’odeur d’un livre pourrait causer des nausées, des maux de tête ou pire, une dépendance.
Parce que si quelqu’un lit un passage drôle et a le malheur de s’esclaffer, peut-être que ce rire sera mal interprété par une victime potentielle et que le chaos qui s’en suivrait mènerait à une bagarre dont les conséquences seraient bien vilaines pour la concentration du pauvre chauffeur d’autobus.
Et on ne parle encore du mal que peut causer un livre à l’esprit. Il faut penser à tout, les amis.
 
Si le livre est un outil dangereux dans l’autobus, il faudrait l’interdire aussi dans l’auto. Comme les textos, mais pour les passagers aussi.
Le bannir dans les salles d’attentes, où la curiosité pourrait mener à des torticolis viraux.
Le bannir aux toilettes, où l’échapper dans la cuvette pourrait causer une inondation massive.
Le bannir à la bibliothèque, où les risques d’en recevoir un sur la tête sont scientifiquement épouvantables.
 
Et question de faire le ménage dans cette société dangereuse pour ses enfants, nous ne devons pas nous arrêter aux livres!
 
Finie la boîte à lunch dans l’autobus. Des amis curieux pourraient vouloir connaître ce qu’elle contient comme lunch.
Fini le sac d’école. Les curieux voudront savoir si les devoirs sont fait.
Et de grâce, interdisons les montres! Et si quelqu’un se levait pour savoir l’heure?...
 
***
Je cabotine évidemment. Mais peu importe ce qu’on pourrait inventer comme bêtise, rien ne sera jamais aussi absurde que la nouvelle originale.
 
En s’inquiétant de catastrophes hypothétiques aussi ridicules, on évite de voir celle qui se produit pour vrai : que les enfants lisent de moins en moins.
 
Mais savez-vous, peut-être qu’on devrait remercier le chauffeur d’autobus qui a démarré tout ce tumulte. Mais oui : La meilleure façon de rendre quelque chose populaire auprès des jeunes, c’est de l’interdire. Brillant, monsieur.
 
Ah, en passant, bonne journée du livre et du droit d’auteur.