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La notion du temps

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Tous les matins, j’attends l’autobus scolaire avec mon fils Clovis. Je lui tiens la main serrée parce qu’il n’a aucune notion du danger.
 
Il est autiste et le danger, comme des milliers d’autres choses, il ne sait pas trop ce que c’est. Quand je dis « danger », je parle de toutes ces voitures qui roulent « en malade » devant chez moi. Chaque matin, je me questionne à savoir ce qui peut donc être si urgent que tu roules à 100 km dans une zone de 40, chère madame ou cher monsieur.
 
Quand l’autobus arrive, j’entre avec mon fils, je salue Yvon, notre chauffeur des dernières années. J’accompagne mon fils jusqu’à son banc. Je place sa boîte à lunch et son sac TOUJOURS de la même façon sinon il se désorganise et c’est la catastrophe. Je salue les autres enfants dans l’autobus, autistes aussi. Je me surprends à chaque matin d’être attendrie par le sourire de la grande fille dans le banc à côté de mon Clovis. Et quand je ressors de l’autobus, encore et toujours ces gens pressés, qui klaxonnent même, à l’occasion, et qui me font de gros yeux furieux parce que j’ai pris quelques minutes de leur précieux temps.
 
Quelques fois j’aurais envie de leur crier que mon fils est handicapé et qu’ils peuvent bien tous manger un char d’amour. Mais je ne le fais pas. Moi aussi j’ai une journée de travail devant moi.
 
Mon fils n’a aucune notion du danger. Du temps non plus. Dans un monde de fou comme le nôtre, c’est lui le chanceux.