PUBLICITÉ

Que faire quand un enfant de 3 ans ne parle pas?

Développement de l'enfant 2-3 ANS image article

Question :

Bonjour à vous, j’ai un petit bonhomme de 3 ans qui ne parle pratiquement pas. Nous avons été voir le pédiatre et selon lui, il devrait être capable de faire des phrases de 3 mots compréhensibles par la majorité des gens.

Présentement, il n’a un vocabulaire compréhensible que de 5-6 mots ! Je sais qu’il entend bien et qu’il comprend bien car il est capable de me montrer au-moins 7-8 couleurs lorsque je lui demande par exemple de me donner le crayon rouge, il comprend très bien des consignes simples comme : «Mets ta tuque»…

Mon ex-conjoint me dit que c’est parce qu’il ne fréquente pas de garderie (il se fait garder chez ma mère qui le « pousse » pourtant beaucoup à parler en le faisant répéter, en lui disant qu’elle ne comprend pas). Est-ce que le fait d’être en contact plus fréquent avec d’autres enfants pourrait l’aider ? Quels exercices pourrai-je faire avec lui ?

En ce moment, je lui dis parfois que je ne comprends pas, et je lui dis clairement le mot « DU JUS » et je le lui fais répéter 2-3 fois et je lui donne le jus même si ce n’est pas clair car je ne veux pas qu’il sente que personne ne le comprend. Je ne sais pas jusqu’où je peux pousser, sans toutefois atteindre son estime personnelle. 

Je vous remercie beaucoup et bonne journée 

Myriam

 

Réponse :

Bonjour Myriam,

Effectivement, les repères donnés par votre médecin sont justes. Entre deux ans et demi et trois ans et demi, des phrases de trois à quatre mots émergent chez l’enfant. L’enfant devrait aussi être en mesure de bien se faire comprendre par des personnes autres que ses parents. En ce qui concerne le vocabulaire, vous mentionnez que votre enfant a un vocabulaire compréhensible de 5-6 mots. Entre un an et demi et deux ans et demi, l’enfant possède un vocabulaire d’environ 50 mots. Il est possible que votre enfant rencontre des défis au plan de la prononciation, qu’il possède plus de 5-6 mots, mais que vous ne les compreniez pas encore. Il est aussi possible que sa prononciation soit adéquate, mais qu’il ait réellement des défis au plan de l’apprentissage du vocabulaire. Je vous invite à consulter le billet « Elle prononce mal certains mots 2-3 ans » si vous désirez en savoir davantage sur les habiletés de langage attendues chez un enfant de trois ans.

En ce qui concerne les contacts avec d’autres enfants, il est certain qu’ils sont importants pour le développement du langage. Cependant, il est peu probable que des difficultés de langage soient causées uniquement par le fait qu’un enfant ne fréquente pas de service de garde. Même s’il ne fréquente pas de garderie, un enfant peut facilement être en contact ailleurs avec d’autres enfants (ami(e)s, cousin(e)s, voisin(e)s, etc.). De plus, vous mentionnez que votre mère encourage votre enfant à parler, à répéter et qu’elle lui signale lorsqu’elle ne le comprend pas. Cette dernière semble donc bien sensibilisée à l’importance de la stimulation du langage et applique déjà des attitudes essentielles au développement de la communication chez les tout-petits. C’est super! Comme parent, vous souhaitez fort probablement que votre enfant évolue dans le meilleur milieu possible. Sachez que peu importe l’option de garde que vous avez choisie (à domicile avec le parent, chez un grand-parent, dans une garderie en milieu familial, dans un Centre de la Petite Enfance, etc.), il y a des côtés positifs et négatifs pour chacun des milieux. Si vous souhaitez que votre enfant développe ses habiletés à communiquer avec d’autres enfants, vous pourriez envisager, avant l’entrée à l’école,  d’inscrire votre enfant à temps partiel dans un milieu de garde incluant d’autres enfants ou encore d’inscrire votre enfant à une prématernelle (informez-vous auprès de la commission scolaire de votre région).           

Concernant les stratégies que vous utilisez présentement, elles sont tout à fait adéquates : dire à votre enfant que vous ne le comprenez pas, lui répéter clairement les mots, l’encourager à reprendre votre modèle, puis répondre à ses tentatives de communication sont des stratégies indispensables; bravo! Vous avez tout à fait raison de récompenser les efforts de votre enfant, même s’il ne répète pas exactement votre modèle. De fait, soulignez ses efforts est important : « Bravo, tu fais des beaux efforts », « Tu essayes de le dire comme Maman; c’est bien! ». Quand votre enfant réussira, soulignez sa réussite est aussi important : « Bravo, tu l’as eu! », « Tu es champion, tu as réussi à le dire comme maman! ». Il est primordial de maintenir le goût à la communication ainsi que la confiance de votre enfant tout en lui signalant s’il réussit ou non.

Pour travailler le vocabulaire à la maison, je vous suggère de stimuler les catégories de bases suivantes : animaux, nourriture, parties du corps et vêtements. Travaillez une catégorie à la fois jusqu'à ce que l’enfant ait acquis plusieurs mots appartenant à cette catégorie. Travaillez le vocabulaire durant les activités routinières, mais aussi dans des activités organisées spécialement pour travailler le vocabulaire. Il vaut mieux réaliser une courte activité à chaque jour qu’une longue activité une fois par semaine. Organisez d’abord des activités avec des objets qui représentent des mots de vocabulaire appartenant à la catégorie choisie. Par exemple, pour la catégorie nourriture, vous pouvez jouer avec de la nourriture et de la vaisselle en plastique. Pour les catégories parties du corps et vêtements, vous pouvez utiliser des poupées et leurs vêtements. Pour la catégorie animaux, vous pouvez utiliser une ferme incluant des figurines d’animaux. Poursuivez le travail de la catégorie choisie à l’aide d’images de mots. Des casse-tête en bois, des livres et des jeux de loto ou d’autres jeux intéressant votre enfant qui contiennent des images de mots appartenant à la catégorie choisie vous seront utiles. Pour que ce soit plus facile, vous pouvez choisir des jeux incluant des photos plutôt que des illustrations. De fait, les photos représentent plus exactement la réalité que les illustrations. Si vous n’avez pas de jeux avec des photos, assurez-vous que les illustrations incluses dans le jeu représentent bien la réalité. Autrement dit, dans un jeu avec des animaux, une illustration de vache doit avoir l’air d’une vache. Ce sera plus facile pour votre enfant de reconnaître le mot illustré si les couleurs et les formes respectent la réalité et ne causent pas d’ambiguïté. Pour le travail du vocabulaire, il est aussi important de travailler le vocabulaire des verbes de base : manger, mettre, dormir, donner, etc. De la même façon que le vocabulaire des noms, vous pouvez travailler le vocabulaire des verbes dans la routine. En même temps que votre enfant fait l’action qui correspond au verbe que vous avez ciblé, vous nommez le verbe et vous faites un geste qui représente le verbe. Par exemple, vous dites : « Tu MANGES » en faisant semblant de porter de la nourriture à votre bouche. Le vocabulaire des verbes peut aussi se travailler dans les jeux avec des objets. Par exemple, vous pouvez travailler le verbe « manger » en même temps que le vocabulaire appartenant à la nourriture à l’aide de nourriture et de vaisselle en plastique. Faites le même geste que vous utilisez au quotidien pour mettre en évidence le verbe durant le jeu. Vous pouvez également prendre des photos de votre enfant lorsqu’il fait différentes actions de base et jouer par la suite avec les photos. Avec des livres d’histoires, mettez en évidence les actions de base en nommant l’action et en faisant le geste qui correspond. Avec du temps et de la patience, votre enfant enrichira son vocabulaire de noms et de verbes. Une fois cela fait, vous pourrez fixer un autre objectif : coller deux ou trois mots (à partir du vocabulaire que l’enfant peut maintenant dire). Par exemple, « Le LAPIN MANGE une CAROTTE », « Je METS un BAS ».

Pour la prononciation, je ne suis pas en mesure de vous indiquer si votre enfant a une prononciation adéquate ou de vous suggérer des activités précises étant donné que je n’ai pas rencontré votre enfant et que je ne dispose pas de suffisamment d’informations à ce sujet.

Enfin, j’espère que ces pistes vous permettront d’améliorer la communication tout en maintenant la motivation de votre enfant.

Audrey Cauchon
M.P.O.
Orthophoniste

 

Vous aimeriez poser une question à l'expert? Écrivez ici!