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On était une belle gang

Écoles et études image article
On est vendredi, je fais du ménage. Je suis seule avec ma vieille musique et mes souvenirs. Le lendemain, bon nombre de mes comparses du secondaire se réuniront.
 
25 ans après notre graduation… 
 
Pour de multiples raisons, je n’y serai pas. Mais je pense à eux! À nous. À cette époque en montagnes russes que peut être l’adolescence.
 
On était une méchante belle gang. Vous me direz que le temps nous pousse à idéaliser les choses, à gommer les défauts, poncer les aspérités, nier les évidences trop cruelles…
 
Je suis bien placée pour savoir que tout n’était pas rose. De l’intimidation, j’en ai vécu ma part. Surtout au début du secondaire. Mais en 4, en 5, j’ai aussi choisi de prendre mon envol. De saisir des occasions. De m’en créer aussi. J’avais décidé de « foncer dans l’tas » dans le bon sens du terme et de m’approprier mon pouvoir.
 
Et pour faire tout ça, j’ai eu la chance d’être entourée. Par des amis, certains profs et des membres de la direction. Il serait trop long de les nommer. J’espère qu’ils et elles se reconnaîtront…
 
Bref, une partie de la gang se trouve à des kilomètres de ma petite personne un peu nostalgique. Je souris en pensant à la plupart d’entre eux. De temps en temps, je jette un oeil sur Facebook pour le boulot et je vois passer des commentaires de ces adultes qui semblent tous un peu redevenus ados. Mon torchon dans une main, je frotte le comptoir sans trop y penser. Mon esprit est à 5 heures de route, j’ai 16 ans.
 
Je repense à tous ces comités dont j’ai fait partie. À ce journal étudiant, que nous avions fondé et dans lequel nous étions si passionnés, allumés, irrévérencieux, mais jamais méchants (en tout cas, pas intentionnellement!) Je repense à notre marche pour la paix, pendant la guerre du Golfe. Je me revois entrer en coup de vent dans le bureau du directeur, qu’on appelait affectueusement « Rod »… c’était une époque sans vous ni monsieur… Mais comme je respectais cet homme! J’en parlais il y a quelques jours à mon ado qui débute le secondaire justement… Moi qui entre, fâchée par une décision du directeur, qui lui déballe tout mon laïus sans reprendre mon souffle… Et Rodrigue qui me répond calmement « C’est vrai, j’aurais dû vous en parler avant ». Ce jour-là, je n’ai pas reçu de « billet de comportement ». J’ai reçu un gros cadeau, une leçon d’écoute…
 
J’ai 16 ans et je veux refaire le monde avec cette belle gang.  Nous sommes des passionnés. Des artistes, des communicateurs, des sportifs, des scientifiques, des manuels, de futurs voyageurs ou entrepreneurs… Nous sommes dans une petite école publique de région, on vend du papier de Noël pour financer nos activités. Ce n’est pas encore l’époque des profils et des options dès l’entrée au secondaire. Mais on y apprend les bases de ce qui teintera pour plusieurs, notre avenir.  Qui, dans le stage band d’André, qui dans le cours d’art plastique de Sylvain ou la chambre noire de Luc, qui dans le labo de Ghislain. Pour certains, le déclic se fera dans les activités parascolaires, comme l’émission de télé de Marie, « École ouverte ». J’ai 16 ans et pour ma part, je n’ai aucune idée de ce que je deviendrai… Je sais juste que c’est dans ces murs que je commence à m’accepter, avec mon côté « qui ne rentre pas dans le moule ». C’est aussi là que je me suis tellement ennuyée dans le cours d’informatique, que Raynald m’a orientée vers Word Perfect. C’est sûrement en partie grâce à lui que je gagne ma vie en écrivant… (Ironie du sort, je vis maintenant avec un informaticien!) 
 
 
Les souvenirs affluent de plus en plus. Il y en a trop.  Je suis heureuse de constater qu’ils sont majoritairement beaux. Que même le moins agréable me fait sourire maintenant. Une grande amie me manque, mais elle a fait le choix de croire certains ragots à mon égard et c’est son choix. Mais elle me manque beaucoup. Je sais je l’ai déjà dit. C’est connu, les vieilles, ça radote ;)
 
Le week-end passe. Je vois passer photos et vidéos du rassemblement. Je reconnais tout le monde ou presque. Je suis contente de les revoir. Ils n’ont pas changé tant que ça. Ils sont adultes, mais dans mon coeur, ils ont 16 ans comme moi (le spray-net, les boutons et le coton ouaté en moins).
 
J’espère me présenter au prochain rassemblement. J’espère provoquer aussi quelques « microrencontres » d’ici là. 
 
En attendant, je regarde mon ado si proche de ses amis et je lui souhaite de se construire autant de beaux souvenirs, autant de liens qui font que, même de loin, même après une éternité, on peut se dire qu’on est encore, une méchante belle gang…