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Être soulagé de ne pas avoir de fille…

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Depuis que je suis petite, j’entends des parents de garçons s’exclamer « Une chance que je n’ai pas de fille! », « Dieu merci! Mes gars ne vivront jamais ça! » et plein de phrases de la même famille…
 
Et depuis que je suis petite, ce genre de propos me dérangent…
 
Ces temps-ci, avec la médiatisation des nombreuses disparitions de jeunes filles et le voile qui se lève (finalement) sur le recrutement des réseaux de prostitution, bien des gens recommencent à s’exclamer « Une chance que je n’ai pas de fille! »
 
Parce que c’est le réflexe premier de notre société. Les risques sont pour les filles, la peur qu’il arrive quelque chose est pour les parents de filles. La prudence, la sensibilisation, l’éducation, les agressions, les conséquences, la responsabilité, les causes, les solutions… sont des mots féminins.
 
Depuis mon enfance, certaines choses ont changé, certaines mentalités ont évolué.
 
Mais on a encore le réflexe de se sentir moins inquiets quand on a mis des garçons au monde?
 
Et pourtant…
 
Des garçons, ça peut se faire agresser. Ça peut se faire endoctriner, se faire recruter par un gang. Ça peut fuguer, avoir des problèmes de dépendance. Ça peut aussi subir de la violence amoureuse…
 
Voilà pour le côté « être victimes ».
 
Passons du côté « responsabilités »…
 
J’ai souvent lu et entendu des parents ne pas être heureux d’avoir des garçons pour ce qui a trait à la sexualité et aux éventuelles grossesses…
 
Je ne comprends pas cette « logique ».
 
J’ai deux garçons, dont un en âge de procréer. La contraception, il connait depuis longtemps. Si un imprévu arrivait et qu’un bébé était conçu, est-ce que je serais soulagée qu’il ne soit pas « enceint »? Non! Un bébé, ça se fait à deux et ce n’est pas à la fille de tout assumer. Dans l’éventualité où mon fils se déresponsabilisait, il en entendrait parler! Et c’est la jeune maman qui aurait mon support, qu’elle choisisse d’avoir ou non ce bébé.
 
Je suis têtue. Mes fils, comme mes filles, je veux leur apprendre le respect. Celui des autres, celui de leur propre personne. Alors je ne suis pas soulagée pour mes gars et inquiète pour mes filles. 
 
J’aurais aussi mal si mon fils ou mes filles violentaient, exploitaient ou faisaient affaire avec un proxénète pour coucher avec des mineur(e)s que s’ils étaient les victimes.
 
C’est pourquoi, même si je comprends tous les articles qui circulent en ce moment sur « Quoi dire à nos filles pour que le pire ne leur arrive pas », j’aimerais qu’on se pose la question pour tous nos enfants.
 
Des enfants et des adolescents exploités sexuellement, il n’y en aurait pas s’il n’y avait personne pour les exploiter. 
 
Je sais bien, on ne pourra jamais éliminer tout le problème. Mais on peut au moins essayer que nos enfants ne participent pas à l’entretenir. 
 
Alors selon moi, au lieu d’être soulagés que nos fils courent moins de risques d’être victimes, demandons-nous comment éviter qu’ils ne passent du côté des abuseurs. (Et non! Je ne suis pas en train de dire que tous les hommes sont des agresseurs et des irresponsables! Et oui! Je l’ai dit plus haut, ils peuvent aussi être victimes (ce qui, à mes yeux, rend inutile le soulagement de certaines parents de garçons…)
 
Parlons-nous. Parlons-leurs. Ne tombons pas dans la paranoïa, mais soyons vigilants tant pour eux que pour elles.
 
Offrons-leurs des modèles de relations hommes-femmes (femmes-femmes/hommes-hommes) équilibrées. Portons attention aux messages que nous lançons. 
 
Ressentons une responsabilité collective…
 
Qu’en pensez-vous?