PUBLICITÉ

Bisous et câlins forcés, pas cette année s.v.p. !

Famille image article
Les Fêtes approchent et de ce fait, pour plusieurs familles, les réunions avec parenté proche ou éloignée se multiplieront.
 
Fort à parier que lors de ces rencontres, on entendra « Embrasse ta grand-mère pour lui dire bonjour! » « Donne un câlin à mon oncle pour le remercier! », etc.
 
Je sais, ces incitations aux bisous font partie de notre éducation depuis longtemps. Les gens de ma génération ont pratiquement tous subi certains becs baveux ou à pincettes, souvent auréolés d’odeurs de rhum ou de parfum capiteux.
 
On a tous survécu, vous avez bien raison.
 
Mais est-ce une raison de perpétuer la tradition?
 
Au début de cette année, Lucy Emmerson, coordonnatrice de l’association britannique Sex Education Forum a soulevé l’indignation de plusieurs en invitant les parents à apprendre aux enfants qu’ils ont le droit de refuser un contact physique qui les dérange, même s’il peut sembler anodin, et ce, dès le plus jeune âge:
« Je crois que l’enseignement du consentement se fait à l’âge zéro. Les très jeunes enfants apprennent beaucoup de ce qu’ils vivent chaque jour, et donc de la manière dont leur opinion est prise en compte et comment ils parviennent ou non à contrôler leurs contacts physiques avec autrui. »
 
Selon elle, contraindre les enfants à embrasser un membre de la famille, c’est l’amener à considérer que son propre corps ne lui appartient pas, que tout adulte peut en faire ce qu’il veut, et ce, même s’il manifeste clairement son désaccord.  
 
Ses propos faisaient d’ailleurs suite à une étude qui a démontré qu’un ado sur trois n’avait jamais été informé à l’école de la notion de consentement sexuel. 
 
Elle propose donc d’accepter le baiser soufflé, un signe de la main, etc., comme salutation.
 
Personnellement, je le fais depuis longtemps, même si j’ai parfois dû lutter, comme maman, contre la désapprobation de certaines personnes. Quand notre enfant n’a pas envie de toucher ou de se faire toucher, on se fait souvent signifier qu’on l’élève mal, qu’il est malpoli. Certains peuvent même dire qu’on est trop possessif, qu’on veut se garder l’affection juste pour nous, voire éloigner papy ou tantine de notre petit…
 
Il nous arrive de tolérer le chantage émotif. « Si tu aimes mamie, tu lui fais un bisou! » « Viens me faire un câlin et tu auras une surprise! »
 
Pourtant, quel parent accepterait ces propos de la part d’un individu X du quartier? Personne ne dirait « Va voir le monsieur, il va te donner un cadeau! »
 
Combien de parents, soucieux de prévenir les agressions, disent à leur enfant de ne pas céder au « Si tu m’aimes, tu vas... » de quiconque?
 
Et pourquoi arrive-t-il que des adultes demandent aux parents la permission d’embrasser Junior , sans prendre la peine d’interroger le principal intéressé : l’enfant?
 
On le sait que la majorité des gens qui entourent nos enfants ne sont pas des agresseurs. Mais outre l’aspect prévention de l’abus, il y a fait de se respecter et de se faire respecter tout court. Je n’ai pas toujours envie d’embrasser tout le monde. Je ne le fais donc pas. Je n’ai pas envie d’embrasser les gens que je trouve hypocrites, alors je ne le fais pas.
 
Il y a mille façons de communiquer, alors arrêtons de focaliser sur le bisou enfantin. Ça aidera les enfants timides, ça évitera la propagation des virus et on pourrait dire que parfois, ça sauverait de jeunes vies… 
 
Je ne crois donc pas aux affirmations de certains comme quoi la « non-obligation du bisou » signerait la fin de la famille aimante.  Je ne vois pas en quoi apprendre à nos enfants à se respecter les transformerait en inadaptés affectifs. Au contraire, je connais des adultes élevés dans la culture du baiser obligé qui m’ont avoué envier la spontanéité du bisou chez nous. Eux, ils n’avaient appris que la politesse, pas l’affection…
 
Et quand je pense à certaines situations où, arrivant dans une maison pour une première fois, des parents exigeaient que la marmaille m’embrasse (alors qu’elle n’avait aucune idée de qui j’étais!), je ne vois aucun lien avec le développement affectif…
 
Alors, peu importent nos habitudes, notre éducation, la pression sociale… Si cette année, pendant les Fêtes, on donnait les baisers dont on a envie et qu’on accueillait ceux qui nous sont offerts sincèrement sans être déçus par ceux qu’on ne recevra pas?
 
Ne dit-on pas que ce n’est pas la quantité qui compte? ;) Qu’en pensez-vous?