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Prendre son temps

Familles d'aujourd'hui image article
Bon an mal an, depuis presque une décennie, mon amie D. prépare des sacs de linge pour mes enfants qu’elle dépose sur mon balcon arrière quand je ne suis pas à la maison. Alors quand j’ai vu le gros sac par la porte-patio, je me suis simplement dit : « Tiens ! D. a fait du ménage dans le garde-robe de ses enfants. »
 
J’étais occupée avec la vaisselle, les lunchs à défaire, le souper à préparer, les devoirs à superviser, alors c’est mon aîné qui a fini par ouvrir la porte-patio et rentrer le sac.
 
« UNE WII ! Maman ! C’est une Wii ! » s’est-il écrié.
 
Cinq minutes plus tard, la Wii était connectée à la télévision du sous-sol et c’est comme ça que mes enfants ont été bien gâtés juste avant Noël.
 
« Tu viens jouer avec nous, maman ? » m’ont-ils demandé plusieurs fois. Ma fille surtout, quand elle jouait à Just Danse, toute seule, sous l’œil interrogateur de ses frères. « On fait un concours? » m’a-t-elle demandé à plusieurs reprises.
 
Pas le temps. J’ai pas le temps. J’ai d’autres choses à faire. Tellement de choses à faire.
 
Depuis quelques semaines, je vis ma vie comme une interminable liste à cocher : party de Noël, concert de Noël, achat des cadeaux, activités spéciales à l’école et au service de garde. Tout ça en plus du reste, c'est-à-dire le train-train quotidien : cours de piano, cours de saxophone, cours de danse, hockey, devoirs, lunchs à préparer.
 
Cette année, plus que les précédentes, j’ai été marquée par la multiplication des événements servant à souligner le temps des Fêtes. Il y a eu pas un mais plusieurs événements au bureau ; pas une journée, mais bien une semaine de festivités à l’école ; pas une figure emblématique (le père Noël) mais bien des centaines (les lutins).
 
J’imagine qu’on pourrait dire que c’est représentatif de notre époque. Que nous avons tendance à multiplier les événements parce que nous cherchons à les vivre chacun à notre façon, à trouver ce qui « fait sens pour nous ». Que nous cherchons à satisfaire des besoins légitimes de rapprochement, de célébration, de sens, sans jamais parfaitement y parvenir, ce qui nous pousse à répéter les tentatives. Quelque chose comme ça. Quoi qu’il en soit, cette multiplication d’événements m’a au contraire donné l’impression de passer à côté de l’essentiel, de m’étourdir davantage alors que je ressens tant le besoin de me recentrer.
 
Je précise que je suis loin d’être un bougon de Noël, bien au contraire. J’aime cette période de l’année où je prends toujours le temps de réfléchir à toute la chance que j’ai, à me sentir reconnaissante d’avoir été si gâtée par la vie. Mais justement, je crains que ce tourbillon d’activités, auquel je trouve toujours difficile de résister, m’ait fait encore une fois perdre de vue ce qui compte vraiment pour moi.
 
Voilà pourquoi je me promets de faire les choses très simplement dès que nous serons en vacances. C’est ce que j’ai dit à mes enfants ce matin en allant les reconduire à l’école pour leur journée pyjama, après avoir préparé leurs chocolatines maison pour le petit déjeuner de Noël du service de garde. « J’ai tellement hâte de perdre mon temps avec vous, de faire la grasse matinée, de manger, d’écouter des films, d’aller jouer dehors. »
 
« Et faire un concours de Just Danse, maman ? » Oui, bien sûr, ma fille. Mais gare à toi, parce que j’ai bien l’intention de vérifier si mes six années de cours de ballet jazz ont servi à quelque chose.