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Une nouvelle étape

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L’autre jour, j’ai trouvé une photo de moi dans mon téléphone : on me voit, la tête tronquée, portant dans mes mains un plat chaud tout droit sorti du four. Floue et mal cadrée, la photo me semble tellement vivante qu’en la regardant, j’entends presque les paroles que j’ai sans doute adressées au photographe quand il l’a prise : « Tasse-toi, chaton. C’est chaud. » C’est devenu une de mes photos préférées.
 
Je crois que si j’aime tant cette photo, c’est qu’elle me donne l’impression de me voir à travers les yeux de mes enfants. Comme tout parent, je me questionne sur l’image qu’ils se font de moi. Que retiennent-ils de ma personnalité ? Voient-ils que je suis travaillante ? Audacieuse ? Tendre ? Ou plutôt impatiente ? Oublieuse ? Trop prompte ? J’imagine que c’est un peu tout ça et que leur impression de moi se module selon mes humeurs et les leurs. C’est normal.
 
Et puis au fond, je sais que ce n’est pas si important que ça, ce que mes enfants pensent de moi. Si je suis une mère aimante et attentive à leurs besoins, je comprends aussi que mon rôle est de les aider à devenir des adultes bien équipés pour affronter la vie. De leur servir de guide. En cela, je n’ai pas à m’assurer de leur plaire à tout prix. Mais ce n’est pas forcément toujours facile…
 
Mes enfants grandissent, l’adolescence s’installe tranquillement avec son je-m’en-foutisme et son manque d’enthousiasme. Les confrontations et les désaccords sont plus fréquents. Il n’est plus seulement question de répondre à leurs besoins immédiats, comme lorsqu’ils étaient tout-petits, il faut aussi maintenant les encadrer en exigeant d’eux qu’ils participent plus à l’organisation de la vie familiale, par exemple, mais aussi qu’ils se dépassent, notamment en obtenant de bons résultats scolaires, et qu’ils s’investissent pleinement dans certaines activités, comme la musique et le sport. Qu’ils visent l’excellence, quoi.
 
Dernièrement, je me suis demandé si je n’étais pas trop exigeante avec eux. Ne serait-il pas plus simple de simplement les aimer ? De les laisser faire ce qu’ils veulent ? De leur dire que ce n’est pas grave quand ils réussissent moins bien même lorsqu’il s’agit d’un manque flagrant d’effort ?
 
La semaine passée, j’ai découvert l’histoire fascinante de Daniel Kish. Daniel Kish, alias Batman, est un homme aveugle qui utilise l’écholocalisation à la façon des chauves-souris ou des dauphins pour se situer dans l’espace et localiser les obstacles. Malgré son handicap, Daniel Kish est complètement autonome. Il fait même du vélo et de la randonnée. Il va même jusqu’à dire que ce n’est pas qu’il ne voit pas, c’est seulement qu’il voit autrement.
 
Si Daniel Kish a développé ce talent, c’est parce que sa mère a toujours refusé de tenir compte de son handicap. Elle le laissait grimper aux arbres, marcher seul jusqu’à l’école, vivre une vie d’enfant complètement normale. Il est clair que la façon dont cette mère a choisi d’éduquer son fils l’a poussé à s’épanouir pleinement et à vivre une vie riche.
 
Dans un reportage radio que j’ai écouté, on va même jusqu’à dire que la non-voyance serait en quelque sorte une construction sociale. Autrement dit, c’est en ne croyant pas en les possibilités des personnes aveugles, en palliant constamment à leur handicap, qu’on leur nuit.
 
La découverte de cette histoire m’a beaucoup donné confiance à l'égard des choix d’éducation que je fais. Les pousser vers l’autonomie, vers l’excellence, vers la découverte de soi, c’est aussi important aujourd’hui que ce l’était de les protéger et de les cajoler lorsqu’ils étaient tout petits.
 
Il reste beaucoup de réflexions et d’ajustements à faire sur cette nouvelle étape de ma vie de parent qui commence. Mais aujourd’hui, grâce à l’histoire de Batman, j’ai quand même l’impression d’y voir plus clair.
 
Pour découvrir l’histoire de Daniel Kish, vous pouvez écouter cet excellent podcast (en anglais).