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Magasinage 101 avec une ado

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Une séance de magasinage avec votre adolescente? Quel cauchemar!, pensez-vous. Et si vous en faisiez une occasion de rapprochement et même une activité éducative? Non, ce n’est pas impossible! Mais, disons-le, avec une ado de 12 ans au caractère changeant, ça ne réussit pas à tout coup!

Maman de trois filles âgées de 19, 15 et 11 ans, Sylvie a de l'expérience côté magasinage! Avec chacune de ces demoiselles, elle s'est déjà tapé de pénibles séances d'achat de jeans.

Elle raconte: «La dernière fois, rien n'allait. Tout était laid. "Tu n'as pas vu la bosse que ça fait sur la fesse?": ma fille trouvait 10 000 défauts que, moi, je ne voyais pas. Dans ce temps-là, si tu dis que c'est beau, c'est parce que tu es sa mère... On a essayé un autre modèle, un autre, et puis encore un autre... Quand j'ai vu le prix – on en était rendues à 150$ –, j'ai dit: "Non, je ne paierai pas ça!" On est retournées à la maison sans jean.»

Bon, avouons qu'acheter un jean, même pour un adulte, relève d'un véritable exploit. Ou on tombe tout de suite sur le bon ou il faut en essayer 125 avant de trouver le modèle qui nous va. Toutefois, ce qui est important, c'est que Sylvie a résisté: d'une part, il n'était pas question d'aller au-delà de son budget et, d'autre part, elle juge inconcevable qu'on paie aussi cher pour un tel vêtement!

Pour Carole Laberge de l'ACEF du Nord de Montréal, le magasinage est une occasion de transmettre nos valeurs à nos enfants par rapport à la consommation, de leur apprendre à acheter selon leurs moyens et de faire en sorte qu'ils constatent que l'argent ne pousse pas dans les arbres.

Elle conseille au parent d'informer, avant de partir, son jeune du montant dont il dispose pour ses achats; de payer comptant autant que possible et d'additionner les dépenses, au fur et à mesure, de façon à ne pas dépasser le budget: «Quand on a dépensé l'argent prévu, on sort du centre commercial et on se satisfait de ce qu'on a. On aura peut-être moins de vêtements, mais ceux-ci auront été choisis judicieusement, et il y aura plus de chances que le jeune les porte.»

Mme Laberge déplore le fait que certains parents laissent leur enfant magasiner avec leur carte de crédit: «S'il paie avec une carte de crédit, le jeune ne se rend pas compte du montant dépensé. Et puis, il doit savoir que ce n'est pas juste un bout de plastique, qu'il y a un prix à payer pour l'utiliser. Si je ne veux pas assumer ce prix, je paie comptant.»

Des vêtements de marques connues

Et quand l'ado veut absolument tel vêtement coûteux d'une marque à la mode, parce que tout le monde en a un?La psychologue Martine Cinq-Mars considère qu'il est un peu inutile d'essayer de le convaincre de cultiver son individualité: «Il y a un âge où se différencier, c'est se différencier de la famille. Si tous ses amis ont tel vêtement, le jeune va en vouloir un pareil.»

Elle recommande alors de lui faire assumer son choix, soit en lui faisant payer la différence de prix – il devra alors faire des tâches supplémentaires à la maison ou aller garder pour amasser des sous – ou en lui achetant, par exemple, un seul vêtement au lieu des deux ou trois prévus.

«Cela peut même être valorisant pour un jeune d'avoir participé à l'achat de son vêtement», dit Martine Cinq-Mars.

La psychologue rappelle que le parent doit être à l'aise avec la solution choisie: «Si on n'accepte pas de payer le prix exorbitant du vêtement, on doit se respecter. De toute façon, on n'éduque pas nos enfants en leur donnant tout ce qu'ils veulent.»

Sylvie commente: «Mes filles savent que je ne veux pas de marques comme Billabong, alors elles ne les regardent même pas.»

Trop sexy?

Martine Cinq-Mars conseille de laisser le plus possible les adolescents choisir eux-mêmes leurs vêtements: «Ils sont en train d'affirmer leur goût. C'est important pour leur développement», dit-elle.Sylvie mentionne: «Émilie, ma plus jeune, n'aime pas magasiner avec moi. Alors, je lui permets d'aller en éclaireur avec des amies. Des fois, elle va même essayer des vêtements. Quand j'y retourne avec elle, tout est réglé en moins de trois quarts d'heure.»

Pour la psychologue, l'ado doit faire ses choix à l'intérieur des limites fixées non seulement par le budget mais aussi par l'image projetée. On peut, par exemple, lui dire: «Tu sais jusqu'où va ma tolérance pour ce qui est sexy. Ne me demande pas tel type de vêtement, parce que ça va être "non!" ou encore "Tu peux avoir tel vêtement, mais tu le porteras à la maison ou dans tel contexte. Pas pour aller à l'école." Sylvie souligne qu'elle a déjà exigé qu'une de ses filles rapporte au magasin deux chandails qu'elle trouvait trop décolletés.

Pour Martine Cinq-Mars, il est important d'expliquer les raisons des limites fixées: «Nos ados ne sont pas conscientes de l'impact que peuvent avoir des vêtements sexy. Il faut en discuter.»

Par exemple, à une jeune fille de 13 ans qui se plaint d'avoir été abordée de façon cavalière par un inconnu, on peut dire: «Tu t'offres au regard des hommes quand tu t'habilles comme ça en public. Ils vont te trouver désirable. Es-tu prête à assumer cela?»

La psychologue ajoute: «Sans être trop prudes, il faut être responsables comme parents. Ne pas accepter n'importe quelle tenue vestimentaire. Parce que cela peut avoir toutes sortes d'implications pour notre enfant.»

La psychologue pense que le magasinage peut d'ailleurs être une occasion d'ouvrir la discussion sur divers sujets, dont la mode, la consommation, notre rapport à l'argent, l'hypersexualisation...


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