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Les soins palliatifs expliqués aux enfants

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En cette journée caniculaire du mois de septembre, je décide d’amener ma fille de dix ans voir son arrière grande tante à sa dernière résidence. Je dois bien sûr préparer ma fille à l’expérience. Tante Cécile n’est plus la tante Cécile qu’elle a connu. Elle a besoin de beaucoup de soins, elle ne peut plus rien faire tout seule, elle est…euh... vieille.

 

98 ans, qu’elle a cette tante, grande tante et arrière grande tante. Un corps fatigué, un esprit intermittent et des sens qui s’égarent. Récemment elle est tombée, a fracturé un humérus qui ne valait pas la peine de réparer. Elle attend, patiemment… la suite.

 

Ma fille et moi on arrive au Manoir Laurier qui n’a absolument rien d’un manoir mais plus d’un hôpital qu’on tente d'égayer à l’aide de 3 ou 4 petites citrouilles, l’Halloween s’en vient après tout! Les employés et les infirmières sont d’une joie de vivre suspecte mais définitivement appréciée. On nous dirige à la chambre. On se faufile à travers les lits et les chaises roulantes de gens qui n’attendent que la fin.

 

Ma fille ne semble pas perturbée par ce spectacle qu’elle n’a jamais vu avant. Peut-être parce que le temps la préoccupe moins. On arrive à la chambre. Tante Cécile dort. Son corps, ou ce qu’il en reste, repose inerte. Elle pèse 46 livres.

 

Dans sa minuscule chambre qu’elle ne pourra même pas explorer, tante Cécile passera probablement le restant de se jours, que je lui souhaite peu nombreux. Quand Jean Ferrat chantait «C’est beau la vie»il n’avait clairement pas 98 ans.

 

Ma fille est un peu stoïque devant le spectacle qui s’offre à nous. Le verbe être dans sa plus grande simplicité car c’est tout ce qu’elle peut faire… être. Tante Cécile se réveille, elle se plaint d’un mal qu’on ne peut imaginer. On y peut rien. Étant sourde et presque aveugle, le réconfort qu’on peut lui offrir se fait mince.

 

La fenêtre de sa chambre est fermée par des rideaux vu la chaleur extrême qui se dégage du soleil. Il fait facilement 28 degrés dans la chambre. On vient mettre un ventilateur pour rendre le tout plus confortable. Aucune prise électrique n’est disponible sur les 3 murs de la chambres, on le place dans le garde-robe. Ça fera pour l’instant.

 

Tante Cécile ouvre enfin les yeux assez longtemps pour que je puisse lui signaler ma présence et celle de son arrière petite nièce. Son regard change quelque peu. Elle semble apprécier la visite. Le mal revient vite. À part se plaindre du mal que son corps lui fait, elle ne peut rien faire d’autre. Elle attend.  Elle lâche un “emmenez-moi!” qui s’adresse beaucoup plus à Saint-Pierre qu'à nous. 

 

Cette tante m’a un jour appris cette grande leçon de vie : Ne rentre jamais quelque chose de plus petit que ton coude dans ton oreille!

 

On est donc debout moi et ma fille devant ce qui reste de ma grande tante. Ma fille l’a toujours connue vieille et moi aussi dans le fond. Mais cette fois c’est différent. Elle est… à bout.

 

On reste le temps qu’il faut pour qu’on puisse dire qu’on est allé. En partant, tante Cécile a eu la force d’envoyer la main à ma fille en signe d’au revoir. Ma fille avait compris que c’était probablement le dernier signe qu’elle aurait. On est parti.

 

Je m’attendais à plus de questions de ma fille de 10 ans. Pourquoi elle est là? Combien de temps elle va rester? Est-ce qu’elle a des amis ici? J’avais des réponses à toutes ces questions. Mais la seule question qu’elle m’a posée c’est : «Papa, à quoi ça sert de vivre si longtemps?» Le silence s’installa dans la voiture, je n’avais rien à lui proposer. Un «je sais pas» timide est sorti de ma bouche. Ça a semblé la satisfaire et on est allé prendre une crème glacée.

 

J’ai peut-être manqué une occasion de lui parler de la mort et de la vie. Mais c’est le meilleur moment «crème glacée» que je n’ai jamais passé avec ma fille!