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Faudrait pas exagérer non plus…

Parents image article
Ce matin, je suis tombée sur un article titrant qu’un papa ayant protégé son fils de la pluie avait fait fondre les internautes.
 
La « nouvelle » est tirée d’une photo publiée sur un réseau social. Même NBC News en a parlé à la télé…
 
C’est une jolie photo, j’en conviens. Le papa est gentil, c’est bien vrai.
 
Mais de là à encenser le monsieur? Je suis perplexe…
 
On y lit que le garçon devra se rendre compte combien il est chanceux, que ce père est extraordinaire. Que le surnom du « papa au parapluie » est un véritable nom de superhéros.
 
Je n’enlève rien au geste du père, qui s’est laissé mouiller la chemise pour abriter son petit garçon. Je me dis juste qu’il ne faut pas non plus lui ériger une statue…
 
C’est super de valoriser le rôle de parent. De souligner les efforts que nous faisons tous et toutes pour notre progéniture. De mentionner que l’amour parental se matérialise au quotidien par de petits gestes et de douces attentions.
 
En même temps, ce genre de geste me semble… normal.
 
Quand je vais chercher mon fils à la garderie et qu’il pleut, je ne tiens pas deux parapluies. J’en prends un et j’essaie que mon fils demeure dessous. L’autre jour, quand un méga orage nous a surpris, mes enfants et moi, ma grande de 22 ans a couvert son petit frère avec son grand chandail. C’était normal pour elle de le faire, comme je l’ai fait pour elle quand elle était petite.
 
Cet été, au port d’Ostende en Belgique, nous avons eu plus froid que prévu. Ma 9 ans avait oublié son manteau. Je lui ai donné ma veste jusqu’à ce que je trouve un polar qui la réchaufferait mieux dans une boutique. 
 
C’est ça, être parent. Protéger de la pluie ou du froid. Donner au petit la plus grosse part de dessert. Jouer à un jeu quand on préférerait dormir. Ramasser du vomi, déboucher des toilettes, acheter des bottines au bébé au lieu de craquer pour un chemisier dont on n’a pas tant besoin. Regarder Yoopa au lieu d’addik. Rater un 5 à 7 pour assister à un spectacle de danse à l’école.
 
On est encore loin du sacrifice, il me semble…
 
Je sais bien, il y a des moments plus durs, des choix plus ardus… Maman en détresse économique qui saute des repas en feignant ne pas avoir faim. Papa qui renonce à une carrière qui le ferait voyager plusieurs mois par année afin de rester présent dans la vie des enfants, etc.
 
Le quotidien d’une famille est peuplé de gestes attentionnés auxquels on ne pense pas. On le fait, c’est tout. Et on ne se sent pas exploité, on n’est pas masochiste de le faire. C’est… naturel. Normal. 
 
Tous les enfants devraient avoir un adulte qui leur tend un parapluie… Ce sont ceux qui n’y ont pas droit qu’on devrait trouver malchanceux…
 
Je répète, cela n’enlève rien au papa de la photo. Et lui n’a pas demandé à être encensé.
 
J’ai juste une pensée pour les parents qui, un peu partout dans le monde, sacrifient en ce moment bien plus que le confort d’une chemise sèche pour rassurer, offrir un peu de confort, protéger… et même sauver la vie de leurs enfants.
 
Quand on se sent un parent poche, souvenons-nous que nous offrons des parapluies nous aussi et que nous sommes de bonnes personnes. Mais ne tombons pas non plus dans le piège de penser que nos enfants nous devront quoi que ce soit pour des histoires de parapluies… Prendre soin de l’autre ainsi, ce n’est pas ce que je pourrais appeler un calvaire…
 
C’est le choix de la parentalité, le choix de l’humanité et agir ainsi nous fait bien plus de bien à nous qu’à l’autre, en fin de compte…
 
 
(Je me demande toutefois quelles auraient été les réactions, si c’était une maman, sur la photo. Aurait-on été aussi émus? Combien auraient commenté la transparence de la chemise mouillée? D’accord, mon cynisme et moi allons nous arrêter ici!)