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Quand maman ne va pas si bien que ça après la naissance…

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Aujourd’hui, je retourne près de neuf ans en arrière, pour vous parler de la part d’ombre qui a accompagné la naissance de mon quatrième enfant.
 
Pourquoi si tard alors que je blogue ici depuis 5 ans? Parce que je me suis dit que je ne devais pas être la seule a avoir connu ça et parce qu’en cherchant sur le Web, j’ai trouvé bien peu d’articles simples à lire et de témoignages non inquiétants.
 
J’ai lu sur le baby blues, la dépression post-partum, la phobie d’impulsivité… Ça m’a confirmé que les femmes sont nombreuses à vivre des émotions bouleversantes et à avoir des pensées inquiétantes après un accouchement. Que beaucoup « d’auto-diagnostics » se font, aussi. Que les mères ont peur de parler de leurs expériences qu’elles jugent « étranges » ou « anormales ». D’ailleurs, j’ai trouvé beaucoup plus de témoignages sur de vieux forums de discussion qui permettaient l’usage de pseudonymes…
 
Tout ça pour dire que je me décide enfin à vous parler un peu de ma quatrième « maternité », qui a débuté pour moi « dans la brume ». C’est vraiment l’image qui me vient.
 
La naissance de ma fille fût provoquée, et mon médecin croyait que le travail se déroulerait rapidement. Mais non.  Ç’a pris toute la journée et toute la soirée. Nous étions à 31 minutes de changer de date.
 
En salle d’accouchement, j’ai essayé de soulager la douleur très intense avec le gros ballon, le bain-tourbillon, la visualisation… J’ai fini avec du gaz « hilarant pas hilarant du tout » dans le nez et je ne sais plus quelle injection dans le bras. J’hallucinais grave et je n’ai vraiment pas fait équipe avec la douleur, jusqu’au moment de pousser.
 
Quand on m’a donné ma fille, on m’a avertie qu’elle avait quelques ecchymoses au visage. Je ne les voyais même pas. Je voyais mon bébé comme au travers d’une brume grise et je me préoccupais de sa santé. 
 
J’ai passé un beau séjour à l’hôpital, avec mon chum et notre enfant. Dans notre petite bulle pleine de tendresse. Je voyais maintenant les bleus sur un côté de visage de ma puce et je m’en voulais un peu pour son arrivée « violente » en ce monde… Pour cet accouchement pendant lequel j’étais persuadée, avoir hurlé à la mort…
 
Puis, ce fut l’arrivée à la maison. J’étais bien heureuse, évidemment, de retrouver tous mes enfants et mon environnement. Mais au fil des jours, je me suis surprise à presque halluciner! Je me revoyais dans la brume. Quand je descendais les escaliers avec mon bébé dans les bras, j’avais toujours peur de l’échapper! Une peur irrationnelle de faire mal à mon bébé. Pas une envie, mais une peur. J’avais parfois des flashs, dans lesquels je voyais réellement mon bébé tomber de mes bras et être blessé.
 
Alors je culpabilisais. Je doutais de ma santé mentale. Mon conjoint était un père exceptionnel, super présent, prenant des initiatives, créant un lien très fort avec notre enfant. Tellement fort que je m’étais presque convaincue que ma fille ne m’aimait pas vraiment, qu’elle n’avait besoin de moi que pour l’allaitement. 
 
Je ne sais plus pendant combien de temps j’ai été dans cette brume. Je sais seulement que je n’y étais pas à longueur de journée. Et je sais que les autres ne voyaient pas ma brume… 
 
Je ne sais pas si j’ai vécu un baby blues, une dépression, si je souffrais d’une phobie de l’impulsion. Je sais juste que ce n’était pas l’enfer, mais pas le paradis non plus… Et que mon « état », ma « brume » me faisait me sentir seule. Même si j’étais super bien entourée, même si j’étais aimée. Même si je n’étais pas dans la misère économique. Même si j’étais une maman expérimentée. Même si je ne cherchais aucunement à me la jouer Super-Woman…
 
Alors j’ai tenté de résumer ma petite histoire, au cas où des mamans, toutes neuves ou pas, vivraient un peu le même genre d’expérience.
 
Pour leur dire qu’elles ne sont pas seules. Même si leurs flashs peuvent différer, même si elles pleurent par en dedans et que personne ne semble le voir. Pour leur dire, qu’elles sont normales. Qu’elles sont de très bonnes mères!
 
Et surtout, que ça va passer. Peut-être avec de l’aide professionnelle et/ou le support de l’entourage, peut-être juste avec le temps… Ça ira.
 
Aujourd’hui, quand je regarde ma fille - dont les ecchymoses ressortent parfois un peu, comme un rappel de notre aventure - j’accepte le souvenir de la brume et je chéris toute la lumière qui s’en est suivi…