PUBLICITÉ

Bannissons les crimes passionnels

Psychologie image article
Chaque semaine ou presque, on entend parler de meurtres de conjoint(e)s, d’enfants, de kidnapping, de violence conjugale… Parfois, c’est très médiatisé, parfois moins.
 
Ça fait très longtemps que j’ai envie de m’exprimer ici sur ce sujet pas du tout joyeux. Mais il est difficile de trouver les bons mots. Les signataires d’une lettre en ont trouvé des bons.
 
En demandant à la société de bannir les phrases « crime passionnel », « drame familial » et « il a perdu le contrôle ».
 
 
Je n’ai jamais trop compris pourquoi on titrait « crime passionnel » ou « drame familial » quand survenait l’assassinat d’une personne par un membre de sa famille ou une fréquentation « amoureuse ». La société a-t-elle tellement de mal à concevoir qu’une personne puisse perpétrer un crime envers un de ses proches? Pourquoi « poétiser » le crime?
 
Est-ce la faute du cinéma, de la littérature? D’où vient cette idée que la passion peut « excuser » une mort? Est-ce pour tenter d’humaniser les monstres? Si un conjoint tue son épouse ou son ex, plusieurs affirment qu’il a besoin d’aide, que c’est « malheureux ». Certains poussent l’odieux à mettre la responsabilité sur la victime, qui a osé demander le divorce, fréquenter quelqu’un d’autre, etc.
 
Or, connaissant le taux de séparation au Québec, si toutes les passions se terminaient en homicides, la moitié de la province manquerait à l’appel.
 
Violenter quelqu’un, le tuer, c’est vouloir prendre le contrôle sur sa personne. Si un inconnu attaque un autre inconnu sur la rue, on ne dira pas qu’il a besoin d’aide. On parlera de meurtre crapuleux.
 
Quand toute une famille est assassinée par un des parents, évidemment que c’est dramatique. Mais c’est aussi dramatique si c’est un psychopathe inconnu qui tue tout le monde dans la maison. Dans les deux cas, ce sont des homicides. Si la Justice y appose ensuite des facteurs atténuants ou aggravants, d’accord. Mais on doit parler d’homicide, pas de drame. Ne déresponsabilisons pas sans cesse ceux et celles qui posent ces actes cauchemardesques. Ne cherchons pas sans cesse à culpabiliser la société de ne pas avoir su « les aider ».
 
De l’aide, il en existe. Encore faut-il que les personnes acceptent de la recevoir. Et comme société, « aider » pourrait commencer par cesser de penser qu’un(e) conjoint(e) « colérique », « intense », « jaloux/se » ne passera pas à l’acte et que c’est la « passion » qui est responsable de l’irréparable.
 
Quand une famille est décimée par un acte criminel irréversible, ce n’est pas un drame familial; c’est un drame national.
 
Comme nation, cessons alors de parler de « perte de contrôle » pour l’un et de « crime gratuit » pour l’autre.
 
Acceptons que dans tous les cas, un meurtre, une tentative de meurtre, de la violence, du harcèlement, ce soit un crime. Que la victime connaisse ou pas, son agresseur. Qu’elle ait éprouvé ou pas, des sentiments pour lui.
 
Comme société, trouvons des façons de protéger les enfants au maximum. Et ne banalisons pas ce que certains d’entre eux traversent en parlant de « chicanes de parents qui ont dégénéré » ou de « parents qui traversaient une mauvaise passe ». 
 
On a instauré les codes noirs dans les écoles par peur des méchants inconnus. N’oublions pas que le pire n’arrive pas toujours du côté que l’on appréhende le plus…