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Ignore-les!

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Le sujet n’est pas neuf. Parfois, il fait les manchettes, puis retombe dans l’oubli. Pourtant, pendant que je vous écris, ils sont nombreux à ne pouvoir oublier qu’ils sont victimes d’intimidation, de harcèlement.

Des enfants du primaire, des jeunes du secondaire, des studieux, des éventuels décrocheurs. Ils viennent de familles et de milieux différents, ils traversent des défis différents.

Ils ont ce point en commun: chaque matin ou presque, ils doivent aller à reculons, la tête baissée et le cœur plus lourd que le sac à dos, affronter une journée de plus.

Fort à parier que parmi ceux qui se sont confiés à ce sujet, une bonne partie a reçu ce conseil :

« Ignore-les! »

J’aimerais savoir en quoi ce conseil est utile. En quoi il est réaliste?

Donnerait-on ce conseil à un adulte?

Imaginez…

Vous travaillez dans un bureau, sur un chantier, dans un commerce… Sur ce lieu de travail, certaines personnes ont décidé que votre face ne leur revenait pas.

Chaque matin, à votre arrivée, on se moque de vous, on dénigre votre travail, votre apparence, on vous affuble de quolibets, on vole votre lunch, on inscrit des stupidités sur votre casier, votre bureau, votre voiture.

Ou on rit bien fort quand vous entrez dans une pièce. On échange des regards entendus ou on murmure en vous scrutant du coin de l’œil. Pas juste une fois, tout le temps. On prend une photo de vous avec une tache de sauce sur la joue ou une vidéo du jour où vous avez fondu en larmes d’épuisement et on diffuse le tout sur Facebook, sur You Tube.

Quand vient le temps de travailler en équipe sur un projet, personne ne veut de vous. Certains l’affirment même clairement au patron.  Vous êtes le looser, le rejet.

Le midi, vous mangez seul dans votre coin. Le soir, personne ne vous dit jamais au revoir, à moins que ce soit pour se moquer de vous. De temps en temps, un collègue affiche une caricature de vous sur le babillard de l’entrée. Un autre cache votre carte d’accès ou vos outils. Quand ce n’est pas celui qui crache dans votre tasse de café ou passe des commentaires sexuellement explicites à votre endroit.

Imaginons aussi que pour quitter votre lieu de travail le soir, il soit nécessaire de prendre une navette, un bus réservé aux employés de la compagnie. Cinq soirs par semaine, après avoir subi les « taquineries » des autres, vous devez embarquer avec eux et vous trouver une place où vous assoir… et tenter de ne pas vous faire trop voir. Quand vous y entrez, l’un vous fait un croc-en-jambe. Quand vous vous y assoyez, l’autre vous lance des boulettes de papier, de la gomme mâchouillée, des restes de lunch. Un autre veut fouiller votre sac, prendre votre iPod. Au fond du bus, ils sont six à entonner une chanson de leur cru, en votre « hommage ».  Quand le bus s’arrête à votre porte, on rigole de vous voir tenter de sortir sans être remarqué. De plus, tout le monde connait votre adresse. Est-ce un hasard si vous recevez des œufs dans vos fenêtres et pas vos voisins? Que des vols sont perpétrés dès que vous oubliez quelque chose sur votre terrain? Et ces téléphones anonymes à toute heure du jour et de la nuit?

Sans compter que vous n’osez plus aller dans les 5 à 7 ou vous inscrire à des tournois sportifs chapeautés par le boulot. Côté vie sociale, c’est presque zéro.  Il y a bien la parenté, quelques amis sincères, mais vous ne parvenez plus à voir en quoi votre compagnie pourrait les intéresser. De plus, il vous faudrait leur mentir en leur disant que « Oui, tout va bien au travail ». Et vous êtes si fatigué. Votre maison est votre oasis. Le seul endroit où vous êtes certains de ne pas faire rire de vous. Parfois, vous parvenez même à y oublier momentanément les « blagues » des gens...

Vous voyez le tableau.  Dites-moi, si vous viviez ce genre de situation au quotidien et que je venais vous dire « Ignore-les », comment vous réagiriez?

 

À suivre…

*Ajout: J'ai oublié de laisser le lien de la Fondation Jasmin Roy, qui a pour mission de lutter contre l'intimidation en milieu scolaire. Voilà, c'est maintenant chose faite!