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Lettre à toi, qui iras à l’école à reculons

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À l’aube de la rentrée, j’ai une pensée pour toi, fille ou garçon, enfant du primaire ou ado du secondaire. Toi à qui l’idée d’une nouvelle année scolaire n’apporte pas curiosité et excitation, mais angoisse et découragement.

C’est que, tu te souviens de ta dernière année scolaire, des précédentes aussi peut-être. Il se peut que même ton été, dans ton quartier, ait entretenu ton anxiété.

Ton envie de passer inaperçu (e). De te fondre à la couleur des murs…

On parle de plus en plus d’intimidation un peu partout. Tu ne sais pas trop si c’est ce que tu subis. Tu sais juste que la rentrée et les 180 jours d’école qui suivront, tu voudrais ne pas les vivre.

Ce n’est pas que tu ne veuilles pas apprendre, faire tes devoirs ou que tu n’as pas envie de participer à des activités parascolaires. Ce n’est pas que tu ne veuilles pas entendre le réveil, le matin. Toi aussi, tu voudrais bien poursuivre ta route, avancer vers un avenir passionnant.

Mais comment anticiper l’avenir, quand parfois, tu n’as même plus la force de traverser le présent?

Peut-être t’en fais-tu trop, te dis-tu parfois. Peut-être que tu paranoïes, que tu manques d’humour. Peut-être que c’est de ta faute, si les autres « t’écoeurent ». Si tu n’étais pas si gros(se), si tu ne portais pas ces maudites lunettes, si tu avais de meilleures notes… ou de moins bonnes. Pour te fondre dans la norme, pour être comme « tous les autres ».

Il doit bien y avoir une bonne raison au fait que tu ne sois pas « populaire » et qu’on ne t’adresse paroles et regards que pour rire de toi.

Tu en as peut-être parlé à tes parents, à un prof, ou autre. Ils t’ont peut-être dit « Ignore-les » ou ont tenté de remonter ton estime personnelle.  Peut-être que certains t’ont dit que tu le faisais exprès ou que tu exagérais.

Probablement que tes parents y pensent beaucoup. Ils se creusent la tête nuit et jour pour trouver une solution. Peut-être qu’un prof a voulu intervenir auprès de ceux qui « t’écoeurent » et que la situation a empirée à tes yeux.

Il se peut aussi que tu n’ais encore rien dit à personne, pensant que ça ne changerait rien. Ou ayant honte, incapable de répéter les mots, d’expliquer les regards ou même les coups qui te sont portés. Ou alors, tu as mentionné quelques événements, quand un adulte insistait trop, mais sans tout dévoiler. Comment tout dire? Comment exprimer cette douleur, de toute façon?

Peut-être que tu as parlé, que certains ont agi et t’ont demandé si la situation était réglée. Et que tu as répondu oui, pour ne plus avoir à te confier ou parce que les autres t’ont menacé de plus lourds sévices, si tu t’ouvrais la trappe encore…

Ou simplement, pour que tes parents cessent de s’inquiéter…

Tu penses à cette rentrée qui approche et tu es ambivalent (e). Peut-être « qu’ils » t’auront un peu oublié, après les vacances? Peut-être qu’ils se trouveront un autre punching bag que toi? Peut-être que cette année, tu sauras utiliser les répliques assassines que tu te répètes mentalement depuis des lustres. Et peut-être que ça leur en bouchera un coin. Peut-être que tu devrais accoter le plus baveux de la gang dans le mur, pour montrer clairement que ça suffit?

Peut-être devrais-tu juste, les ignorer. Devenir sourd, aveugle, durcir ton cœur et « faire ton temps » comme en prison.

Peut-être devrais-tu fuguer. De ta ville… ou de la vie. Après tout, quand on est mort, on ne doit plus penser, espères-tu. Ça serait le comble qu’il y ait une vie après la mort, puisque ta vie est si pénible…

Tu ne sais pas trop. Tu sais juste que tout ce monde qui te demande depuis quelques jours « Puis? As-tu hâte de commencer l’école? » tourne le fer dans la plaie. Tu as le goût de leur hurler « NON!!!!!!!!!! »

Mais tu ne le fais pas. Tu ne hurles jamais, sinon intérieurement. Et peut-être que ce ne sera pas si pire. Peut-être que cette année, tu auras la bonne marque de chaussures aux pieds, la bonne coupe de cheveux et que le plus baveux, le chef de meute, ne sera pas dans ta classe…

Ton sac à dos est bien lourd à porter, n’est-ce pas? Tu penses aux trajets d’autobus ou à pied, qui durent atrocement longtemps pour les gens comme toi. Et qui te réservent fréquemment des « surprises », toutes plus méchantes les unes que les autres.

Tu penses à la cour de récré, supposément conçue pour s’amuser et se détendre. Un grand espace qui manque de recoins pour se cacher…

Moi, je pense à toi et tu n’as aucune idée à quel point j’aimerais pouvoir t’aider. Tu vas me dire qu’il n’y a rien à faire, que je ne peux pas comprendre. Tu te sens si seul, comment quelqu’un pourrait te comprendre?

Même si tu ne me crois pas, je pense te comprendre pas mal… La douleur que tu as dans les tripes, je sais qu’elle ne s’oublie jamais totalement. Mais je sais aussi que le jour où tu commenceras à mettre des « stops » à tous ces gens, en t’affirmant à ta manière, le jour où tu utiliseras cette colère et cette peine comme d’un moteur pour avancer malgré cette bande de cons, ça commencera à aller mieux. Tout ce que je souhaite, c’est que tu utilises ces émotions pour te faire du bien, non pas te détruire.

Tu auras peut-être envie de te venger. C’est naturel. Mais j’espère que tu ne perdras pas de temps avec ça. Ne les laisse plus te voler de temps et d’énergie. De toute façon, un jour, ceux qui agissent en crétins recevront un retour du balancier. Les plus intelligents seront grugés de remords, les méchants de profession finiront seuls et malheureux. Ta plus belle vengeance sera d’être heureux/heureuse, de te permettre de briller loin de ce genre de personnes toxiques. Tu auras ce qu’eux n’ont pas : la résilience.

Comment feras-tu pour arrêter ce cercle vicieux? Certainement pas en l’ignorant.  Comme adulte, je n’ai pas non plus le droit de te dire de leur donner la frousse (surtout au meneur. Il y a toujours un meneur, celui qui se pavane en groupe mais est si faible tout seul.) Mais fais ce qui te semblera salutaire, tout en restant prudent. L’humour est aussi une arme merveilleuse, lorsque bien peaufiné. Tu verras, c’est possible pour toi aussi d’être heureux.

Et dans 10, 20 ans, avant ça j’espère, tu seras probablement surpris (e) d’apprendre qu’en dehors du noyau d’intimidateurs, des gens t’appréciaient à l’école. Certaines (e)s avaient même le béguin pour toi. Mais tu ne le voyais pas, car tu te pensais indigne d’amour et d’amitié.

Aujourd’hui, ton sac à dos est lourd, ton cœur encore plus. Tu t’apprêtes à marcher le dos courbé vers l’arrêt d’autobus. Moi je te vois la tête haute. Je crois en toi! Je te souhaite de cogner à des portes qui s’ouvriront et t’apporteront des ressources pour stopper tout « ça ». Et si les premières demeurent fermées, continue de frapper, jusqu’à ce qu’on t’ouvre, qu’on t’écoute, qu’on agisse.

Je sais bien que tu es fatigué (e) avant de commencer. Mais crois-moi, ce sera moins épuisant que de subir tout ça tout seul encore une autre année.  Et ensuite, la vie sera plus douce. Promis.

Et s’il te plait, accroche-toi à tes passions, tes talents. Je sais que tu en as. J’ai confiance en toi.

Je ne te souhaite pas une « moins pire année » que celles qui sont passées. Je te souhaite une année merveilleuse. La première du reste d’une vie lumineuse. Ne te cache pas dans les recoins.

Prends soin de toi

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