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Violence conjugale : L’histoire d’Ève - partie 1-

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Aujourd’hui, je donne la parole à une amie. En espérant que s’exprimer l’aura aidée un peu et que son histoire pourra inspirer certaines des personnes qui la liront…

Nous l’appellerons Ève. Pourquoi ne pas utiliser sa véritable identité?

Parce qu’il y a de ces histoires qui s’exposent plus difficilement au grand jour. De ces histoires, qui ressemblent malheureusement trop à des milliers d’autres. C’est peut-être un peu la vôtre, ou celle d’un de vos proches…

Voici ce qu’Ève m’a raconté récemment. (Notez que ce texte est publié en deux parties, pour en faciliter la lecture. Pour lire la suite, cliquez sur le lien en bas de la page.)

 

***

 

J’ai recommencé à mal dormir. Mal dormir est un euphémisme. Quand les enfants ou mon chum me réveillent, j’ai l’impression d’avoir passé la nuit en zone de guerre et d’être de plus en plus éclopée le matin.

J’ai passé une longue période sans rêver à lui. De longs mois, des années... Mais de temps en temps, ça revient. Et ces derniers temps, pas mal trop souvent à mon goût…

On me dira que se sont juste des rêves. Pourtant, moi j’ai l’impression de retomber dans un cauchemar très réel. Je me réveille tendue à bloc, les sens en alerte, la nausée au cœur, la colère vibrant en moi.

À chaque fois, je m’en veux de l’avoir laissé entrer dans mon sommeil. Et je m’en veux, de l’avoir laissé entrer dans ma vie, il y a plus de 10 ans.

Je pensais pourtant m’être pardonné cet « épisode » de ma vie. C’est le plus dur, se pardonner, je pense. Au début, c’est toujours « à lui » qu’on pardonne. On lui trouve toutes les excuses du monde. Ensuite, on doit pardonner à la société, à qui on en a voulu un bon moment. On cherche un responsable autre que « Lui ». Sa famille dysfonctionnelle, le manque de ressources pour aider les hommes comme lui… Bien longtemps après, on cherche à se pardonner à soi-même. Quand on s’est rendu compte que tout « ça » n’était pas la faute de la société, du passé ou des extra-terrestres. Quand on admet qu’on a été ce qu’on ne veut jamais être : une victime.

J’ai fini par admettre tout ça. J’ai été victime de violence conjugale, comme on peut être victime d’un accident de la route, d’un incendie… Je suis parvenue à diriger ma colère contre « Lui », un moment. J’ai fait de cette colère un moteur pour me libérer, pour partir définitivement loin de lui. Ensuite, j’ai voulu l’oublier. Ne pas lui donner d’attention, d’énergie.

Et ce, même s’il m’a retrouvée et harcelée, pendant des mois. Même s’il a harcelé ma famille, mes amis.

Je me suis réapproprié mon pouvoir, j’ai entretenu jalousement ma liberté. J’ai voulu laisser ces deux années de ma vie bien loin derrière… Désormais, j’allais prendre soin de moi et de mes enfants.

Je m’en suis plutôt bien sortie, tant économiquement qu’émotionnellement. Première réussite : je suis toujours en vie…

Savais-tu, Mylen, qu’une femme qui laisse un conjoint violent court beaucoup plus de risques de se faire assassiner par lui dans l’année qui suit la séparation? C’est ce qu’on a appris, en thérapie de groupe au CLSC… Si je regarde mon parcours, celui de certaines amies et les journaux… On dirait bien que c’est vrai.

« Lui », il m’a laissée relativement tranquille au début.  Après quelques nuits à me téléphoner sans cesse et me menacer. – Nuits que j’ai passée le téléphone dans une main et un couteau de cuisine dans l’autre, près de la porte, au cas…-. Après quelques entrées par effraction chez moi pour briser ce qui m’était utile. Après des menaces, mais aussi des promesses de changement ou des affirmations comme quoi il était passé à autre chose, qu’il allait bien, qu’on était amis…

Il voulait me marier et me tuer. Je n'ai jamais su dans quel ordre...

Faut dire que j’ai fini par quitter ma ville. J’ai laissé un appartement à moitié plein derrière moi. Je n’ai pas fait de changement d’adresse, j’ai pris un numéro confidentiel… C’est surtout quand il s’est aperçu que l’ancien numéro n’était plus en service qu’il a paniqué.  Mais c’est trop long à raconter…

Bref, je suis en vie et mes enfants aussi. C’est ce qui compte. J’ai de la chance, ce n’était pas ses enfants à lui. J’ai des amies qui n’ont pas cette chance… Il m’a cherchée longtemps. Au moins pendant 8 ans… Peut-être me cherche-t-il encore? Je ne veux pas y penser.

Dans mes rêves, il revient s’installer chez moi. Il cherche à reprendre le contrôle sur ma vie, avec ce même air « innocent ». Tu sais, du genre « Pourquoi tu stresses? Je suis un ange, je t’aime. Serais-tu parano? » Et moi je lutte toute la nuit pour le faire partir au loin à jamais…

 

Pour lire la suite du témoignage d’Ève

 

 

Pour en savoir plus sur la violence conjugale :

violenceconjugale.gouv.qc.ca

La violence conjugale après la séparation

Quizz sur les mythes et préjugés entourant la violence conjugale

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