PUBLICITÉ

Mémoire d'enfant, mémoire d'éléphant

Croissance bébé et enfant 2-3 ANS image article
On a longtemps cru que les bébés étaient dépourvus de mémoire, qu’avant l’âge de cinq ans, l’enfant emmagasinait bien peu de souvenirs. La science nous prouve le contraire, et les parents auraient intérêt à s’en souvenir. 
 
Une faculté importante 
D’un point de vue neurologique, la mémoire est la capacité du cerveau à reconnaître quelque chose qu’il a déjà perçu. C’est une faculté qui participe au fondement de l’identité de chaque individu. «Ce sont vos souvenirs qui créent des réactions émotionnelles ou qui vous aident à prendre vos décisions aujourd’hui», explique Dre Dominique Cousineau, chef du Centre de développement du CHU Sainte-Justine.
 
Tout ce que l’humain a vécu et qu’il a retenu teinte le présent. Et on retient plus de choses qu’on ne le pense...
 
La capacité de l’humain à avoir des souvenirs va de pair avec le développement de son cerveau. Voilà pourquoi on ne se souvient pas de sa petite enfance, ou on s’en souvient très peu. La mémoire s’améliore au fur et à mesure que se développent l’hippocampe et le lobe préfrontal. Le développement du cerveau n’a pas de fin: la mémoire peut donc se développer à tout âge. 
 
Une mémoire émotive
Avant l’âge de trois ans, la mémoire est essentiellement liée à l’ambiance bien plus qu’aux événements. C’est la mémoire émotive qui domine. Les études prouvent qu’un bébé de six mois possède une mémoire d’environ 48 heures. Un bébé de neuf mois a des souvenirs qui peuvent remonter à un mois.
 
À l’âge de 20 mois, ses souvenirs peuvent dater d’un an. «Cette mémoire implicite, qui ne nécessite pas la parole, a besoin d’être stimulée par la répétition», explique Dre Cousineau.
 
Un bébé de six mois qui n’a pas vu ses grands-parents depuis une semaine pourra pleurer en les voyant, alors qu’un bébé de neuf mois les reconnaîtra.
 
La maîtrise du langage, qui se produit vers l’âge de trois ans, contribue aussi à la formation des souvenirs, selon Dominique Cousineau. «Dans le cerveau, les zones du langage sont propices aux souvenirs. Grâce à ses mots, l’enfant n’a pas besoin d’une aide extérieure pour rappeler le souvenir. Il peut le faire tout seul.»
 
Entre 3 et 10 ans, la mémoire de l’enfant s’améliore, mais celui-ci a de la difficulté à structurer ses souvenirs, car le temps logique lui est difficilement accessible. «C’est le temps affectif qu’il comprend. Attendre maman 5 minutes est pour lui beaucoup plus long que de regarder une émission de 30 minutes à la télé», précise Joël Monzée, docteur en neuroscience. 
 
Le choix des souvenirs
L’enfant ne retient pas ce qu’il veut, mais ce qui l’a marqué sur le plan émotif, tant positivement que négativement. C’est la charge émotive ou le stress relié à un événement qui cristallise le souvenir.
 
L’enfant ne mémorisera pas les événements qu’il vit s’il n’éprouve pas suffisamment de motivation, d’intérêt ou de stress. À l’opposé, s’il éprouve trop de stress, un malaise ou un sentiment de panique, son cerveau n’enregistrera rien.
 
Il faut le bon dosage pour créer un souvenir.  La personnalité de l’enfant influence aussi les souvenirs qu’il gardera. «Certains enfants retiennent davantage les odeurs, les images ou les sons. Selon leurs préférences, leurs souvenirs seront différents», résume Dre Cousineau. 
 
La mémoire des émotions
Le bébé se souvient longtemps de ce qu’il vit à titre émotif. L’environnement qu’on lui offre est donc primordial. «Il ne comprend pas ce qu’on dit, mais ressent les émotions. Ne sous-estimez pas sa mémoire», souligne Dre Cousineau. Les discussions houleuses ne devraient donc jamais se dérouler devant un bébé, même quelques jours après sa naissance.