PUBLICITÉ

Pourquoi j’ai opté pour l’allaitement

Croissance bébé et enfant image article

En 1995, avant la naissance de ma fille aînée, je ne pensais pas l’allaiter. À l’époque, mis à part une cassette VHS prêtée par mon CLSC et quelques lectures pas très convaincantes, je n’avais pas beaucoup d’informations susceptibles de me faire changer d’idée.

Il faut dire que je n’avais pas d’exemples autour de moi, du haut de mes 21 ans. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’avais lu quelque part que si on commençait à donner le sein, il fallait persister contre vents et marrées pendant un bon moment et s’abstenir de consommer mille aliments. Or, je ne me sentais pas prête à signer un chèque en blanc.

Bref! Dans mes plans, pas de tétées au sein. Et personne n’a discuté mon choix.

Alors, pourquoi ais-je finalement changé d’avis?

Pour une raison.

Quand j’ai eu ma fille dans les bras, une gentille infirmière m’a demandé si je voulais essayer l’allaitement.

Je lui ai répondu que je ne pensais pas, car je n’étais pas certaine de tenir le coup niveau durée et que je trouvais inquiétant de ne pas connaître les aliments interdits.

L’infirmière m’a alors dit :

« Tu peux essayer une fois, ou plusieurs, pendant ton séjour à l’hôpital. Si ça ne te convient pas, tu pourras arrêter quand tu voudras. Et pour l’alimentation, il n’y a pas de liste d’interdictions. C’est sur que si tu prends du chocolat avant de la coucher le soir, elle pourra avoir du mal à s’endormir, mais tu peux en manger le jour si tu veux. »

« Mais… Comment je désinfecte mes seins avant ? »

« Pas besoin de désinfecter » a-t-elle répondu avec un doux sourire.

J’ai donc approché ma fille de mon sein, sans que l’infirmière ne vienne me toucher et me diriger.  C’est tout.  Ma fille et moi avons « connecté » et j’ai profité de ce moment, sans me questionner au sujet de l’avenir. Nous étions seules au monde, dans cette chambre pourtant remplie de gens.

C’est pour ça, que j’ai commencé l’allaitement.  Parce que le 20 janvier 1995, un peu passé 17:00, une infirmière m’a respectée. Pas de pression, pas de sermon, pas de tsunami d’informations.  Juste, ce qu’il me fallait à moi, à cette minute-là.

Par la suite, j’ai continué. De un, ça permettait qu’on m’apporte mon bébé la nuit pour la nourrir. (À cette époque, la cohabitation n’était pas toujours permise.) « Vous sonnerez quand vous aurez terminé madame ». Ouais, c’est ça… Je ne sonnais jamais, je gardais fillette le plus longtemps possible avec moi pour admirer ses beaux grands yeux dans la pénombre.

De deux, pour moi, c’était facile. Oh, j’ai bien eu droit à une infirmière « tireuse de mamelon » qui me disait que mon bébé perdait trop de poids et qu’elle ne pourrait pas sortir de l’hôpital avec moi, mais j’ai survécu à ses quarts de travail.

J’ai poursuivi l’allaitement à la maison.  Pas aussi longtemps que je l’aurais voulu, ignorant comment éviter une baisse de production, mais n’empêche; j’avais vécu l’expérience. Une expérience dont j’ai dû, à ma grande surprise, faire un deuil lorsqu’elle s’est terminée. Mais j’avais la meilleure médecin du monde, qui ne m’a pas culpabilisée du tout quand je lui en ai parlé.  Ça aussi, ça n’a pas de prix…

Lorsque j’ai eu mon fils, j’ai tout de suite voulu l’allaiter. Avec lui, ça n’a pas marché. Voyez-vous, il avait une chance sur deux de rester en vie et a passé 12 jours dans un hôpital, branché de partout, gavé.  J’ai pensé tirer mon lait, mais une autre gentille infirmière m’a aidée en faire mon deuil et c’était correct comme ça.  Quand j’ai pu enfin nourrir mon fils, je l’ai toutefois gardé contre ma peau pour lui donner ses biberons, avec tout autant d’amour que pour sa sœur.

Dans les années 2000, j’ai donné la vie et le sein à  deux autres petites filles. Ce n’était pas parce que l’allaitement était plus encouragé ou publicisé. C’était pour moi une suite naturelle à cette première expérience de 95. Toujours sans pression, avec plus de confiance aussi, j’ai offert à mes bébés de téter dès que je les ai eus dans mes bras.

Pour bébé #3, l’aventure a duré environ 6 mois.  Pour des raisons que je vous expliquerai peut-être un jour, j’ai dû faire mon deuil encore une fois. Pour bébé #4, ça a duré environ 18 mois (et oui, j’ai encore pleuré!).

Je ne suis pas pro-allaitement ou pro-biberon. Je suis pro-choix. Un choix que j’ai fait quatre fois dans ma vie, d’un côté ou de l’autre selon les situations. Et si je confortable dans ces décisions, c’est grâce à cinq minutes de conversation avec une infirmière empathique.

 

Merci, madame!