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Enfant roi, parent sujet? (fin)

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Tolérer la frustration

Dans un second temps, la capacité de tolérer la frustration devient un nouveau défi. L’enfant n’ayant jamais vécu de contrariétés ne saura comment réagir et apprendre à s’en accommoder. Lorsque votre enfant a appris à éviter les désagréments en faisant des crises ou en négociant constamment il ne peut apprendre à tolérer les contrariétés.

Dans un magasin vidéo, on a pu entendre la conversation suivante:

Le père dit à ses deux enfants de 7 et 3 ans: «Les garçons, vous pouvez vous choisir un film à votre goût.» Les deux enfants reviennent en tenant le film, Terminator III.

«Non, c’est pour les 13 ans et plus, trouvez- en un autre.»
«Voyons papa, tu vas l’écouter avec nous!»
«J’ai dit non, va le rapporter.»
«Nous fermerons nos yeux lorsque tu nous le diras.»
«J’ai dit non, vous êtes trop jeunes.»

Le père s’en sort très bien, il tient son bout et n’est pas du tout en colère lorsqu’il met la limite.

«J’ai 7 ans et mon frère en a 3…» de répliquer le plus vieux.
«Je t’ai demandé d’en trouver un autre.»

En voyant son père inébranlable devant ces arguments (quand même intéressants) le plus âgé se met à taper du pied. Le père l’interpelle aussitôt:

«Non mon grand, si tu continues on rentre à la maison sans film.»

L’effet fut immédiat, le calme revenu, l’ainé s’apprête à accéder à la demande de son père lorsqu’il revient à la charge en lui disant:

«J’ai appris la démocratie à l’école, on va voter…»

Le père fut décontenancé et n’osa pas imposer de droit de veto, résultat, ils sont partis avec le film.

Ce n’est pas dans cette situation que l’enfant va apprendre à «faire avec».

Ne jamais négocier ne permet pas non plus à l’enfant d’apprendre à s’adapter lorsque ses plans sont perturbés.

De plus, apprendre à tolérer la frustration, cette capacité d’adaptation, apprendre à faire autrement, à accepter les imprévus, lui permet d’entrer en relation avec les autres et découvrir qu’il n’est pas seul au monde.

Freiner les ardeurs

Dans un troisième temps, le fait de développer sa capacité à inhiber son action, l’incite à freiner ses ardeurs lorsqu’un tiers est à sa portée. La petite voix intérieure lui permet de s’arrêter avant de frapper la personne dérangeante. Donnez-leur l’exemple, parlez-vous à voix haute lorsque vous désirez contrôler votre impulsivité: «Wow, ce n’est pas le moment!» «Calme-toi!» «Respire un bon coup!».

Finalement, la capacité d’être flexible dans les interventions permet d’élaborer plusieurs hypothèses de solutions lorsqu’on rencontre un problème et enrichit le répertoire d’outils dans la résolution de conflits. Le fait de toujours utiliser ses poings pour se défendre entraine des conséquences dramatiques sur la maturation de la personne.

Ces habiletés sont hiérarchiques, elles s’apprennent progressivement et permettent d’atteindre la maturation nécessaire au développement de tout être humain. Tout se tient, l’enfant devient ainsi un être social adapté à son environnement et peut, du coup, devenir un élève impliqué dans son cheminement scolaire et social.

Comme parent il nous appartient de sécuriser notre enfant et de lui offrir un environnement lui permettant d’actualiser sa liberté tout en respectant celle des autres. Cela demande toutefois des efforts et un amour inconditionnel.

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  • L'auteur est conseiller pédagogique en adaptation scolaire, commission scolaire Rouyn-Noranda.

Référence:
  • Diane Benoit, MD, Susan, Ph.D et Rhona Wolpert, Un cadeau simple: Consoler votre bébé, The Hospital for Sick Children, Toronto, 1998
  • Christiane Olivier, Les parents face à la violence de l’enfant, éd, Fayard, 2000
  • Jean Monbourquette, L’ABC de la communication familiale, éd. Novalis, 1993
  • Gordon Neufeld, Gabor Mate, Retrouver son rôle de parent, éd. De l’Homme, 2005

Source: Action Parents / Vol. 32, nº1