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Quand s’exprimer met des vies en danger…

Parents et relations familiales image article
Mon sujet du jour ne sonne pas très « famille », je vous l’accorde. Mais j’ai besoin d’en parler, j’espère que vous comprendrez. En même temps, je pense que le sujet touche la famille et nos enfants plus qu’il n’y parait de prime abord.
 
Aujourd’hui, 12 personnes sont décédées en France, dans une attaque sanglante.

Pourquoi? Parce qu’elles s’exprimaient via un média ou parce qu’elles sont allées porter secours à celles qui s’exprimaient.
 
On peut aimer ou ne pas aimer les caricatures, des textes satiriques, des éditoriaux, des chansons ou des films. On peut être outrés quand une œuvre ou une opinion va à l’encontre de nos croyances, de nos valeurs. Et on peut dénoncer ce qui nous choque.

C’est la base de la liberté. Se renseigner, s’exprimer, réagir.
 
Mais qu’on aime Charlie Hebdo et son équipe ou non, ou toute autre équipe n'importe où dans le monde (Comme celle de RBO ou du Bye Bye, par exemple), on ne peut pas user de violence pour autant. Rien ne peut excuser de tels actes. Aucun prétexte n’est bon.
 
Vous me direz que ce genre de drame est initié par des fous isolés, qui sont minoritaires sur notre planète. C’est vrai. En général, monsieur et madame tout le monde n’aspirent qu’à une vie pacifique.
 
En même temps, quand je vois certaines réactions sur les réseaux sociaux, comme « Les dirigeants de Charlie Hebdo l’ont bien cherché », « Je suis trop content », « C’est bien fait pour eux »…  Je me dis que les gens qui publient de tels commentaires ont des familles. Ils sont les enfants de quelqu’un, peut-être les parents de la génération future…
 
Voici mon lien « famille » avec le sujet. Comme parents, notre responsabilité n’est-elle pas d’apprendre à nos enfants à refuser de propager la haine, le mépris? À combattre la loi du talion afin que ce cercle infernal de violence, de vengeance, cesse?

Comme femme, comme fille travaillant dans les médias, comme mère, je crois aussi à la liberté d’expression. Adolescente, j’en usais déjà abondamment devant mes profs, mes parents et dans le journal de l’école.

À l’époque, je n’ai jamais pensé que m’exprimer pouvait mettre éventuellement ma vie en danger. Je ne songe pas non plus à ça quand j’écris un article ou un billet de blogue. Peut-être parce que je ne suis pas du tout une vedette des médias. En même temps, régulièrement, sous mes textes ou ceux des mes collègues et amis, je vois apparaitre des messages agressifs.

Je ne parle pas d’opinions contraires aux miennes, de faits ajoutant une nouvelle lumière, un nouvel angle à nos propos, une piste de réflexion différente. Ça, j’aime bien. Je parle d’accusations, d’insultes, de condamnations sans discussion au préalable. Parfois, de menaces.

Ces gens qui les énoncent sont les enfants de quelqu’un, les parents de la future génération…

Certains diront « Et puis? Les enfants ne sont pas nécessairement au courant, ils ne lisent pas les commentaires de leurs parents. » Je  leur répondrai alors qu’à mon humble avis, les enfants finiront par entendre les opinions, les gros mots, de leurs parents. Pendant un souper, dans leur salon… La tension engendrée par la haine se ressent, même sans les mots, de toute façon…
 
Alors les enfants grandiront, adopteront peut-être les habitudes de leurs parents… Peut-être pas.

Mais peut-être que oui.
 
Et lorsqu’un dessin, un article, une entrevue télé les choquera, ou lorsqu’un groupe extrémiste d’on ne sait trop ou les recrutera… Pourquoi se retiendraient-ils d’user de violence, à petite ou très grande échelle eux aussi?

Où est la solution pour annihiler les massacres commis contre la liberté (d’expression, de presse, de pensée, de croyances…)?
 
Faudra-t-il cesser d’émettre nos opinions? N’offrir que des textes édulcorés, non dérangeants? Produire à la chaine des vidéos de chatons et des conseils pour nettoyer avec du jus de citron?
 
Ce matin sur Facebook, j’ai vu cette image du New York Times. Elle daterait de 2006, mais elle me parle vraiment beaucoup aujourd’hui :
 
 
Est-ce cela que nous souhaitons pour l’avenir de nos enfants?
 
Leur dirons-nous de « prendre leur trou » pour éviter d’être menacés, tués? Leur dirons-nous de croire ce en quoi des gens veulent qu’ils croient, de voter sous la menace d’un fusil, de réciter du par cœur, de renier leur ressenti?

Leur montrerons-nous au contraire à user de violence pour ne pas être parmi ceux qui s’écrasent? De faire partie de la gang des intimidants ou lieu de celle des intimidés?

Leur dirons-nous, même en étant terrorisés, de défendre leur droit à l’expression coûte que coûte? Au péril de leur vie?
 
Comment changer la dynamique qui s’est installée un peu partout?

Et je ne vise aucun pays, aucune religion, aucune couleur de peau, aucun sexe ici.

Pas plus que je ne minimise tous les actes de violence posés un peu partout sur notre planète. Pour moi, que le carnage ait lieu en France, aux États-Unis, au Cambodge ou en Iran, c’est atroce.

Chaque fois que des journalistes, des blogueurs, des citoyens sont tenus en otages, torturés, décapités pour avoir fait leur travail, pour avoir émis des opinions, je suis dévastée. Chaque fois qu’un village est bombardé, une école assiégée, je souffre.
 
Aujourd’hui, le drame qui retient l’attention a eu lieu en France. Demain, ce sera ailleurs…
 
Que faire? Allons-nous nous résigner, devenir cyniques? On se sent bien impuissants, je vous l’accorde.
 
Si on pouvait au moins tenter de léguer à nos enfants la liberté d’expression, la compassion, le respect même au creux de nos divergences, la non-violence tant physique que psychologique.
 
Le problème ne sera pas réglé demain, ni après-demain, malheureusement. Il est utopique de croire qu’il sera totalement réglé un jour.

Mais on ne peut pas croiser les bras, abandonner.
 
Si nous ne le faisons pas pour nous, faisons-le pour eux.
 
En terminant, voici une vidéo qui a été très, très virale récemment sur le Web et dont j'avais prévu pour parler prochainement.

On y montre de petits garçons qui refusent de frapper une fille.

Leur refus vient fort probablement en grande partie de l’éducation qu’on leur a donnée.
 
Et si on éduquait tous les enfants au refus de violenter qui que ce soit?

Qu’en pensez-vous?