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Se mettre l’ado à dos

Parents et relations familiales image article

Comme nouveau parent, lorsqu’on tient à peine son poupon dans nos bras, on se fait dire « Profites-en pendant qu’il est petit! Parce qu’à l’adolescence… »

On se le fera répéter maintes et maintes fois pendant toute la petite enfance.

« Petits enfants, petits problèmes! Grands enfants… »

On déteste tous ça.

On n’y croit pas.

On refuse que ce soit pareil pour tout le monde (dont nous).

On a besoin de positivisme!

Mais soyons honnêtes. Si la première phase de vie de notre bébé était l’adolescence, le pays serait sûrement encore moins peuplé! À moins de recevoir une piqure d’amnésie après chaque fin d’adolescence.

« C’est pas si pire, l’adolescence voyons »!

C’est vrai.  L’adolescence, ce n’est pas que du trouble. Ça génère son lot de fous rires, d’anecdotes, de conversations intéressantes, de fierté.

Certains disent même qu’ils n’ont AUCUN problème avec leur ado. JA-MAIS! Je tente de les croire.

Sûrement qu’il y a des parents plus doués en adolescence que d’autres. Comme il y en a des plus doués pour les nourrissons, la petite enfance, l’âge scolaire, etc. Chacun ses forces.

Chaque enfant-ado est aussi différent.

Aussi, entendons-nous. Tous les ados ne sombrent pas dans « l’enfer de la drogue », ne font pas partie d’un gang de rue, ne font pas l’école buissonnière et n’envoient pas promener parents et enseignants, etc.

Mais… peut-on se dire que généralement, l’adolescence, c’est tout de même… INTENSE?

Sérieusement, s’il était possible de condenser l’intensité des émotions contenues dans un groupe d’ados ou encore mieux, d’utiliser le stress généré par certaines « discussions » parents-ados pour alimenter une arme de destruction massive, les guerres se termineraient vite. Et l’avenir de la race humaine serait fortement menacé…

Je ne suis peut-être pas un parent assez cool, mais je pourrais parfois contribuer à cet emmagasinage d’énergies. J’ai beau respirer par le nez, réfléchir, me construire des stratégies pour parer à presque toutes éventualités. J’ai beau me promettre que j’userai d’humour, que je serai zen, que je prendrai le temps de bien communiquer et de ne pas utiliser de mots qui font mal, impossible d’y échapper en tout temps.  D’une façon ou d’une autre, au détour d’une journée sans nuages, l’orage avec un grand O peut éclater. Particulièrement le soir, on dirait…

Le détonateur de ces explosions? C’est variable. Un vêtement qui n’est pas lavé pour le lendemain, un devoir pas terminé (pour hier), un papier non signé, mon désir d’avoir accès à la télévision, un « lift » impossible à donner, les tâches ménagères, un ton de voix, un regard, une phrase lancée à un autre membre de la maisonnée, même. Ces « petites » choses de la vie qui peuvent prendre des proportions démesurées. Qui ouvrent la porte à tout ce qui peut exister de « Tu ne me comprends pas! », « Tu ne m’écoutes pas », « Tu veux me gâcher la vie », « Tu as toujours… », « Tu ne m’as jamais… », « Pourquoi??? », « C’est toi qui… ». etc.

Qui ouvrent la porte, à tout ce qui a de fragile en chacun des protagonistes.  Les plaies pas toutes cicatrisées du passé, souvent. C’est alors que votre ado peut vous balancer en pleine gueule ce moment de l’enfance qui pour vous semblait « OK » mais qui lui, l’a marqué comme vous ne pourriez imaginer.

Vous recevez ça en pleine gueule et vous avez des choix à faire en 3 secondes. Rétorquer vertement? Vous expliquer fermement ou doucement? Hurler? Demeurer silencieux? Partir? Lui dire de partir? Rire? Pleurer? Punir? Appeler 911 et exiger deux hommes en blanc, une camisole de force et un séjour en cellule capitonnée (pour vous!)?

Et vous réfléchissez à toute allure, espérant cette fois, faire le bon choix. Pour parvenir à exprimer votre empathie, votre amour, votre inquiétude ou votre désir d’aider. Réussir à établir cet espace qui permet d’écouter l’autre, de recevoir son ressenti, mais aussi, de vous exprimer à votre tour. Vous tentez de mettre fin à ce dialogue de sourds (ou à rendre sourd, selon les décibels générés…)

Vous allez à la guerre sans armure. Tout nu, presque. Car, si vous mettez une armure trop épaisse, vous risquez de tomber dans l’indifférence, la froideur, les non-dits. Et vous risquez de décocher des flèches que vous regretterez amèrement par la suite. « C’est pas ce que je voulais dire… »

Vous vous mettez au lit en vous rejouant le scénario. Vous aimeriez tout recommencer, pour voir si votre message serait reçu, si l’autre comprendrait que vous avez reçu le sien plus qu’il ne le croit.

Vous êtes l’adulte, vous dites-vous. Vous devez comprendre, assumer, entretenir le lien même le plus mince du monde. Garder le contact à tout prix. Pas toujours si facile.  Le sommeil tarde à venir, le lever est difficile. Mais il faut faire confiance.

Un jour, vous serez grand-parent et vous rigolerez de tout ça. En tout cas, vous l’espérez. Et quelque part en vous, il reste cette certitude :

Votre ado que vous vous êtes mis à dos, il peut aussi être ADOrable.

Ça ira, vous vous en sortirez tous. Même si vous n’êtes pas le parent cool que vous aviez projeté d’être quand tout ce beau monde vous disait: « Profites-en pendant qu’il est petit… » Même si pour le moment, vous ne savez pas quelle attitude ADOpter.

Après tout, vous aussi vous avez été ado. Et vous avez survécu, tout comme vos parents…

 

Ajout * : J'ai oublié de mentionner que, selon certains experts, plus le lien parent-enfant a été fort pendant l'enfance, plus la "crise d'adolescence" peut être "violente". Si vous passez par là, gardez ça en tête. On ne sait jamais, ça peut aider...