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Lettre à mon bébé à naître

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Salut toi,
 
Je t’avoue que je suis presque intimidée de t’écrire aujourd’hui…
 
Tu le sais sûrement, à force de m’entendre en parler; ton arrivée en moi a été une méga surprise! Je ne dirai pas accident; je n’ai jamais vu les choses comme ça.
 
Mais ce serait te prendre pour un con que de dire que je n’ai pas été bouleversée au départ…
 
Je ne peux pas nier non plus que cette grossesse, qui prendra fin le mois prochain, a été forte en émotions contradictoires, en peurs et en certitudes, en sérénité et en panique, en rêves heureux et en difficultés à me projeter dans l’avenir…
 
C’est que, vois-tu, même si je n’étais pas encore passée par la ligature de trompes, j’étais persuadée ne plus arriver à porter et à élever un autre enfant.  Ce n’était pas contre toi tu sais… Je dirais même que c’était pour toi…
 
En effet, puisque je me sentais aussi inapte, je ne voulais pas que tu te ramasses avec une vieille mère plus bonne à grand-chose… J’avais peur de manquer de souffle, pas vraiment dans les débuts, mais plus tard. L’école, l’adolescence…
 
Et il y avait la peur de te transmettre une maladie, un handicap. L’impression de ne pas être capable de m’occuper d’un enfant malade… C’est dur à dire, je me sens cruelle… J’y pense encore parfois… si cela arrive, je ferai face, évidemment. Je continuerai avec toi une route dans le monde parallèle… Je t’accepte comme tu es, mon garçon. N’empêche que j’ai parfois cette crainte de ne pas avoir assez de force pour toi, pour eux, pour moi, pour nous…
 
Je ne te cacherai pas non plus que cette grossesse est physiquement difficile. Je n’ose pas me plaindre à grand monde, car je suis consciente que c’est une chance d’être fertile à mon âge. Mais pour moi, une cinquième fois (en excluant les deux fausses couches), à 41 ans, ça demeure un défi important.
 
Alors j’ai plein de raisons de me questionner sur la façon dont je t’influence. Vas-tu te sentir rejeté? Vas-tu me trouver chialeuse, paresseuse? M’en voudras-tu de ces semaines dans mon ventre où mes larmes t’on régulièrement bercé?
 
C’est drôle, quand j’ai ce genre de pensées, tu me donnes de petits coups. Remarque, tu es un gigoteux de profession! Mais j’aime me dire qu’on a un lien et qu’on communique. Je me dis aussi que si tu bouges autant, c’est pour ne pas que j’oublie ta présence. Pour faire ta place, déjà, dans notre grande tribu. Ça me fait mal souvent, mais c’est aussi très rassurant. Alors merci!
 
J’ai rêvé de toi souvent tu sais… À chaque reprise, j’ai vu un beau garçon très, très intelligent… En tout cas, tu as été astucieux; tu as contourné la contraception, tu t’es accroché en moi, tu sembles en parfaite santé…
Je me dis que rien n’arrive pour rien. Si tu es là, c’est que tu dois être là. Si c’est moi ta maman, je suppose que c’est aussi parce que ça doit être moi…
 
Même si je panique à l’idée d’être vieille. Même si je ne sais pas ce qu’il adviendra de ma carrière. Même si je suis très fatiguée et très inutile dans la préparation de ta venue.
 
Même si j’ai dû me pardonner d’avoir paniqué devant mon test de grossesse… D’avoir envisagé certaines éventualités…

J’espère tellement que tu ne m’en voudras pas. Que tu verras à quel point j’ai appris à t’aimer, en dépassant mes peurs. Que tu sauras que dans le fond, je le savais inconsciemment depuis longtemps que ma famille serait complète lorsque mon deuxième fils s’y ajouterait.
 
Depuis que j’ai appris ta présence en moi, j’ai eu mille raisons de stresser, c’est vrai. À cause plein de facteurs extérieurs à toi, 2014 et ce début 2015 n’ont pas été très faciles.
Mais plus le temps passe, plus que je ressens juste l’envie de te tenir contre moi, dans une bulle juste à nous, où nous ferons entrer par moment ton père et ta fratrie évidemment. Le reste, je m’en fous. Trop? Peut-être. Mais je suis rendue là. 
 
C’est peut-être quelque chose comme cet instinct maternel que je n’étais plus sure d’avoir… Et que tu as réinstallé avec patience en moi…
 
Merci, Liam, de faire équipe avec moi ainsi…
 
J’essaierai d’être une bonne partenaire le jour où tu voudras te pointer le nez à l’air libre.
 
Et tous les autres jours qui suivront…