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Lettre à toi, petite fille qu’un monstre a fait vieillir trop vite

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Chère jeune fille qui hante mes pensées,
 
 
On ne se connaît pas toi et moi. On ne s’est jamais croisées, on n’a pas grand-chose en commun. Je suis une « vieille » de 41 ans, tu viens tout juste de souffler 12 bougies.
 
Pourquoi je t’écris alors?
 
Parce qu’en ouvrant mon journal, il y a quelques jours, j’ai vu que nous avions un point en commun, malheureusement.
 
Nous sommes toutes deux, de nouvelles mamans. Toutes les deux, sans l’avoir prévu. Mon fils est né en avril, ta fille en mai.
 
En temps normal, une nouvelle maman se réjouit de l’accouchement d’une autre maman.
 
Mais toi, tu as 12 ans. Alors j’ai mal pour toi.
 
J’ai mal, en pensant aux douleurs de la naissance. Je suis la mère d’une fille de ton âge et bien qu’au niveau hormonal, elle soit apte à donner la vie, le ventre et le cœur me fendraient de la voir accoucher.
 
Mais j’ai encore bien, bien plus mal, quand je pense au comment ta petite fille a été conçue…
 
On ne parle pas ici d’une histoire d’amour très précoce et imprudente entre deux jeunes amoureux se découvrant…
 
On parle d’un individu que je n’arrive pas à qualifier… Je me refuse à utiliser le terme « malade ». Déviant? Monstrueux, abjecte, criminel… et encore plus, je dirais.
 
Je ne lui trouve aucune excuse. Rien ne peut justifier à mes yeux ce qu’il t’a fait. Ce qu’il a fait à au moins une autre jeune fille. J’écris, et j’ai la nausée. Je suis triste pour toi, petite fille devenue si grande si vite, de la mauvaise façon. De la pire des façons…
 
Tu as subi ses actes, tu as supporté le poids des agressions et du secret.
 
Ensuite, ton corps t’a envoyé des signaux. Tu avais mal au cœur, au ventre, à ce que j’ai lu. Mais aucun adulte, même pas le médecin, n’a imaginé la cause…
 
Comme tu as dû te sentir seule! Comme tes parents ont dû se questionner, chercher des causes et des solutions!
 
Apprendre qu’on porte un bébé à 36 semaines, ça doit être un choc des plus immenses… L’apprendre quand on a ton âge… Je ne peux imaginer. Je ne sais pas ce que tu aurais décidé, si tu avais su plus tôt. Je ne sais même pas si on t’aurait vraiment laissé décider.
 
Mais, tout comme tu n’as pas choisi « ton premier », qui s’est avéré être un monstre et non un amoureux comme tu l’aurais mérité, tu n’as pas eu le loisir de choisir pour ta grossesse.
 
Aujourd’hui, j’ignore si tu as ta fille dans tes bras. Si tu veux la garder, si les adultes t’influencent ou non dans ton choix. Je ne sais pas si tu es tombée en amour avec ce bébé ou si tu n’as pas voulu le regarder. Si tu le détestes. Peu importe ta réaction, tes émotions, tu y as droit. Tout comme tu peux être ambivalente concernant le géniteur (je ne peux utiliser ici le mot père…).
 
Petite fille, jeune femme… Ma lettre ne se rendra probablement pas jusqu’à toi. De toute façon, elle ne te serait pas utile… Mais je tiens à te souhaiter que la suite soit meilleure pour toi… On n’efface pas totalement les traces d’un abus. J’ose espérer que tu auras droit à de la douceur, à de la sécurité, à du bonheur…

Je souhaite la même chose à toutes les victimes d’agressions.
 
Ainsi qu’à tous les merveilleux petits bébés issus d’actes immondes.
 
En terminant, je présume que plusieurs jugent tes parents. Des gens se disent qu’eux, auraient su prévenir les abus, détecter la grossesse… À eux, je dis qu’ils ne peuvent savoir. Aucun parent ne peut réellement savoir ce que c’est, quand son enfant se fait agresser. Aucun parent ne peut imaginer en totalité, la douleur et la culpabilité qui surgissent ensuite. Alors j’espère que la majorité stoppera le réflexe de jugement.
 
Prends soin de toi, petite fille…