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Le débat sur l’autisme vu par un jeune autiste

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Mon fils de 19 ans évolue dans le spectre de l’autisme. Comme sa différence n’est pas très flagrante, le diagnostic a été dur à trouver et cela fait  seulement 6 ans qu’il se familiarise avec cet univers.
 
Au début, comme tout adolescent, il refusait d’être différent et tentait d’arracher cette étiquette non désirée qu’on lui avait soudainement apposée.
 
Puis, il a apprivoisé tout ça et il s’exprime sans gêne sur le sujet. Il m’a d’ailleurs dit que je pouvais écrire sur les réflexions qu’il me partage de temps en temps…
 
Mon fils se questionne beaucoup sur ce qu’il lit sur Internet au sujet de l’autisme. Et parfois, des choses le dérangent…
 
Comme cette vague d’articles, de livres, d’expériences sur la « guérison » de l’autisme…  Il y a quelques temps, il m’a confié être dérangé par le terme guérison… Si tout le monde cherche à guérir les autistes, cela veut-il dire qu’ils sont malades? Et que dire de tous ces reportages affirmant que le cerveau des autistes (donc le sien aussi) comportent des « anomalies »?
 
Jérémy ne se voit pas comme un malade. Moi non plus je ne le vois pas ainsi. Alors lire tout ça, après tant d’années à lui parler d’état et non de maladie, c’est lourd pour moi. J’imagine pour lui!
 
Lui, ça le dérange qu’on fasse des tests sur des souris pour les « rendre autistes » pour ensuite les « guérir ». Lui, il se demande pourquoi les gens ne se concentrent pas sur des maladies qui peuvent être mortelles, comme le cancer…
 
Jérémy n’a pas envie d’être « guéri », de changer. Comme il le dit si bien « Et si jamais je n’aimais pas ça, être neurotypique? Je ne pourrais pas redevenir autiste ». Même si « être différent », il n’aime pas toujours ça . « Je n’aime pas ça quand les autres semblent me trouver bizarre… »
 
« Parfois, je me demande si les autres ne voudraient pas que je ne sois plus autiste. Ils veulent tellement nous changer… »
 
« Peut-être que « du monde plus autiste » aimerait ça, changer… Le problème, c’est qu’on nous met tous dans le même bateau, alors que c’est du cas par cas. Moi, personne ne me croit quand je dis que je suis autiste… »
 
Et dans l’éventualité ou il serait réellement possible de « guérir » l’autisme? Jérémy soulève une question existentielle:
 
« Est-ce qu’un jour, on pourrait forcer les gens à se faire soigner? »
 
(Vous trouvez que ça sonne science fiction comme question? L’histoire a connu un type qui voulait que tout le monde ait les yeux bleus… )
 
Est-ce qu’on parle trop de l’autisme, selon toi Jérémy?
 
« Oui, car c’est souvent dans un angle négatif. Quand c’est pour montrer des exemples positifs, comme ce patron d’un Starbucks qui s’est adapté à son employé autiste qui danse en préparant les cafés pour contrôler ses mouvements, c’est cool ».
 
Je trouve ça cool aussi, de voir l’ouverture de ce patron. Je te souhaite d’en avoir un du même genre, même si tes défis ne se situent pas au niveau de la gestuelle. (Avis aux employeurs de la région des Laurentides, vous pouvez nous faire signe!)
 
Moi non plus, je ne voudrais pas qu’on tente de te guérir. Parce que quand je constate ton ouverture, ton honnêteté et ton naturel, je me dis que les neurotypiques sont souvent pas mal plus « malades » que toi…

Tu sais, ce n’est pas parce « qu’on » est plus nombreux que « vous » qu'on a raison…