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Quand la justice n’est pas très juste pour les enfants et leurs familles

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Je me souviens de mes cours d’administration de la justice, lorsque j’étais au Cégep. Ma prof s’enflammait parfois et nous martelait que le système n’était pas fait pour les victimes.
 
C’était il y a plus de 20 ans. On pourrait se dire que depuis, il y a eu des améliorations notables… J’en doute.
 
Il y a quelques semaines, je lisais cette histoire, qui ressemble à tant d’autres malheureusement. Une petite fille agressée sexuellement à sa garderie. Des parents qui ont fait ce qui devait être fait, dénoncer.

Une famille de plus qui est entrée dans l’administration de la justice, avec sûrement, le coeur en miettes et un espoir de justice.  C’était il y a 4 ans.
 
4 ans.
 
 
Une vingtaine de déplacements au palais de justice.
 
 
Depuis la sortie de cet article, deux mamans se sont confiées à moi.  Deux mères, dont la fille (une de 8 ans, une de 12 ans), ont subi des agressions sexuelles.
 
Je vous épargne les détails des actes subis.  Sachez seulement que les deux mères ont elles aussi contacté la police.  Pour Maman #1, c’était il y a un peu plus de 2 ans. Pour maman #2, il y a 18 mois.
 
Ces deux mères ne se connaissent pas, ne vivent pas dans la même région. Qu’ont-elles en commun, hormis que leurs vies se sont écroulées quand elles ont appris? 

Elles font du temps. Pendant que les agresseurs de leurs filles sont libres, ces mères sont en prison. Elles ne peuvent pas parler à grand monde de ce qu’elles vivent.  Elles ont dû fréquenter postes de police, bureaux de procureurs, corridors et salles de tribunaux. Sans oublier les ressources pour aider leurs filles.
 
Tout ce temps à accompagner des petites victimes, à prendre congé, à motiver des absences à l’école, à expliquer à mots couverts aux enseignants pourquoi leur enfant a pu être déconcentrée, stressée, renfermée… À culpabiliser, à pleurer en attendant que leurs filles complètent leurs témoignages vidéo. À ne pas pouvoir entrer dans la salle lors de l’enquête préliminaire, puisque devant être appelées comme témoin en cas de procès.

Plus d’un an et demi à ne pas savoir quand elles seront convoquées. À douter que les agresseurs soient reconnus coupables. 
 
Les deux mamans sont quand même soulagées. Les enquêteurs, procureurs, juges, intervenants et même, les avocats de la défense ont été gentils avec leurs filles.  Elles savent que tout le monde tente de minimiser les impacts, les souffrances. 
 
N’empêche, c’est difficile, la cour.  Même avec un paravent pour cacher l’accusé à leur enfant. Même avec un local pour que les victimes puissent attendre sans risquer de croiser l’individu.
 
« Quand on a dit à ma fille qu’elle pourrait s’installer dans un local du CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels) en attendant que sa cause soit entendue, j’espérais que ce soit un environnement un minimum rassurant.  Mais non, un minuscule local beige, deux chaises droites et une table. Pas de fenêtre. De quoi virer claustrophobe. » me dit Maman #2.
 
Et on s’entend que la cour, tu sais quand tu y entres (9h) mais pas si tu en sortiras avant 16:30.  « Pour l’enquête préliminaire, le procureur espérait qu’on passe tôt, mais l’accusé voulait un interprète et ç’a pris 4 heures avant de l’avoir… » soupire Maman #1.
 
Décidément, rien n’est réellement fait pour les jeunes victimes dans notre système… Quelqu’un peut me dire pourquoi, quelque part « en haut » , chez les décideurs, personne ne fait voter une loi pour que les dossiers de mineurs soient entendus plus rapidement, beaucoup plus rapidement? Pour que dans tous les palais de justice, des enfants et adolescents n’aient pas à attendre des heures dans des couloirs ou dans des locaux inconfortables?
 
Pour que les jeunes mineurs et leurs familles puissent boucler la boucle au lieu de sans cesse revivre l’agression? 
 
Sans oublier l’argent. Un moment donné, des banques de congés, ça se vident et des repas au restaurant, ça coûte cher.  Et les parents ne sont pas nécessairement dédommagés (à part s’ils ont un sulpena à leur nom).
 
Je sais que suite aux présumés fraudeurs et compagnie qui font annuler leur procès à cause de délais trop longs, le gouvernement nous promet des améliorations.  Mais pour les victimes d’agressions, est-ce que cela changera quelque chose?

Les deux mamans ne le pensent pas. Comme il n’y a pas de date limite dans ce genre de crime, ils vont sûrement « nous oublier » disent-elles…
 
Et c’est ainsi que des victimes de 4, 8 12 ans finissent par connaitre la fin de leur histoire 3, 4, 5 ans après les faits…