PUBLICITÉ

Vivre son deuil

Soins et prévention 0-24 MOIS image article
Présenté par

Contrairement à ce que l’on peut penser, le deuil n’est pas plus facile à surmonter lorsque l’enfant a vécu peu de temps. Au contraire, estime Josée Jacques, psychologue spécialisée dans le deuil, le parent a besoin de se raccrocher à ses souvenirs pour traverser cette période difficile.

«Ce sera facilitant pour lui s’il a eu le temps de prendre son bébé, de le caresser, de jouer avec lui, d’être en relation avec lui. S’il se rappelle son odeur, la texture de sa peau…» affirme la psychologue.

L’entourage ne doit donc pas inciter le parent endeuillé à se départir le plus tôt possible de ce qui lui rappelle son enfant. «On défait la chambre du bébé quand on se sent prêt», précise Josée Jacques. Les proches évitent souvent de parler de l’enfant décédé, de prononcer son nom pour ne pas raviver la douleur.

Ils devraient au contraire donner l’occasion au parent d’exprimer sa peine. Par le fait même, ils lui signifieraient qu’ils reconnaissent sa douleur, peu importe que l’enfant ait partagé deux semaines ou deux ans de sa vie. Les groupes de soutien — on en trouve plusieurs au Québec — jouent un grand rôle dans ce contexte.

«Le parent a l’impression que la seule personne qui peut vraiment comprendre sa souffrance, c’est le père ou la mère qui a aussi perdu un enfant...»

Selon Josée Jacques, le parent dont l’enfant a été victime du SMSN vit les émotions habituelles du deuil. Mais tristesse, colère et sentiment de culpabilité sont exacerbés chez lui. Ainsi, il se dit notamment qu’il aurait dû déceler des signes précurseurs. Et la nonreconnaissance de sa souffrance  par ses proches amplifie aussi sa douleur.

Le couple est alors fortement ébranlé, l’homme et la femme ne parvenant plus à se comprendre parce qu’ils ne vivent pas leur peine de la même façon. Dans les premiers temps, les parents s’abandonnent généralement à leur chagrin. Puis, ils reprennent peu à peu leurs activités.

À cette étape, certains s’efforcent de chasser toute pensée les ramenant à leur enfant disparu. «Ils portent alors cette peine en eux et ils se retrouvent souvent déprimés deux ans plus tard», indique Josée Jacques.

La psychologue propose aux gens d’insérer dans leur quotidien ce qu’elle appelle des parenthèses, durant lesquelles ils se permettront de vivre leur chagrin (par exemple, une heure avant le coucher ou pendant le week-end). On peut aussi créer des rituels comme souligner l’anniversaire de l’enfant en écoutant les berceuses qu’on lui faisait jouer.

«Oui, on va pleurer, mais ça va durer 20 minutes, 1 heure, puis on va passer à autre chose.» La psychologue ajoute: «Tranquillement, le parent va se rendre compte que les parenthèses sont moins longues et moins fréquentes.»

Avoir un autre enfant peut-il accélérer la guérison du parent blessé? Les avis sont partagés, estime Josée Jacques, mais elle croit qu’il est préférable d’avoir d’abord pleinement vécu son deuil.

«On fait un enfant quand on sent qu’on pourra lui donner une identité propre, quand on a le sentiment que cet enfant pourra exister pour ce qu’il est et non pour ce qu’il aurait pu être.» Cela signifie qu’on ne lui donnera pas le même prénom que l’enfant disparu et qu’on évitera de faire des comparaisons.

Josée Jacques souligne que les parents n’oublient pas leur enfant décédé, mais qu’ils apprennent généralement à vivre en son absence: «Ils réussissent en quelque sorte à intérioriser la présence de leur bébé, donc à maintenir une relation avec cet enfant, différente que ce qu’elle aurait été s’il avait été vivant»

Un drame sans nom!

(«J’ai une tante qui a aussi perdu des enfants»); Véronique a reçu (et reçoit encore, pour son deuxième enfant) de l’aide du CLSC.Comment Isabelle et Véronique s’en sont-elles sorties? Le temps a fait son oeuvre; Isabelle s’est sentie comprise par sa famille Toutes deux ont adhéré à un groupe de soutien. Les deux mamans ont conservé des photos et d’autres souvenirs de leur bébé décédé. «J’ai trié des effets d’Ashanti, cette semaine. Et j’ai pleuré, même si ça fait quatre ans. On n’accepte jamais la situation», dit Véronique. Isabelle commente: «Alexandre, on l’aime toujours, mais on apprend à vivre sans lui. On ne se remet jamais complètement d’une telle épreuve.»

Des outils


Des souvenirs pour la vie, de Josée Jacques, propose des activités pour aider les enfants qui ont perdu un petit frère ou une petite soeur à vivre leur deuil. Éditions Fides.

Les saisons du deuil, de Josée Jacques, propose des activités concrètes pour les parents. Les Éditions Quebecor.

 

Page 1 | Quand bébé ne respire plus
Page 2 | L'état des recherches
Page 3 | Une équipe de soutien