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Rater son coup

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Il a tiré à côté du but. Juste ça. Un filet béant, une passe parfaite et… non. Pas de but.
 
C’est un scénario qui est déjà arrivé à tous les sportifs. Ça m’arrive encore à chaque semaine ou presque, dans ma ligue de garage. Même Crosby a surement dû faire des gaffes, des fois.
 
Mais quand on a 10 ans, que le sport prend une grande place dans notre vie et qu’on ressent la pression de ses coéquipiers, ça peut arriver que ça fasse mal, rater son coup. Très mal.
 
Il faut apprendre à rater son coup, dans la vie. À être déçu de soi-même. À regretter. Puis à se pardonner. Et finalement à oublier la douleur pour ne garder que la leçon. Ça s’appelle grandir.
 
Je trouve qu’un des grands avantages du sport, une des facette qui sert le plus longtemps, c’est justement d’augmenter notre dose de petits échecs dans la vie. Accepter la compétition, c’est accepter de pouvoir perdre. Et plus on rate notre coup souvent, plus on a de chance d’apprendre à se pardonner plus vite.
 
Mais ça ne veut pas dire que c’est plus facile à accepter. Surtout pour un enfant.
 
Mon garçon l’a compris à quelques occasions dans sa carrière, mais particulièrement cet hiver, où c’est arrivé deux fois, dans deux contextes différents. Il y a quelques semaines, il a été le seul à ne pas marquer en tir de barrage lors d’un tournoi de hockey. Dans l’auto en revenant, il pleurait en me disant : « J’ai fait perdre mon équipe ».
 
J’ai tout de suite voulu savoir si quelqu’un dans l’équipe lui avait dit ça. « Non, personne ne m’a rien dit. Je le sais, c’est tout! ».
 
Je le comprends. Ça fait mal en dedans, de sentir l’échec. Et de savoir qu’on est en partie responsable. Je lui ai raconté la fois où j’ai coulé mon examen de permis de conduire, à 16 ans. Deux fois, en plus. Et pour des bêtises incroyablement stupides. Mais je me rappelle encore comment je me sentais, ces jours-là. C’est une douleur spéciale qui s’incruste en nous et même si on finit par se pardonner (jamais d’accident et une seule contravention en 22 ans, merci), on n’oublie pas la sensation de piqure qui vient avec le souvenir.
 
Puis en fin de semaine, un autre événement est venu secouer la confiance de mon garçon, à son tournoi de soccer. Lui qui est un pilier offensif, il a raté un but crucial avec 30 secondes à jouer. Rebonjour, le sentiment d’échec. Sauf que cette fois-ci, j’ai senti que c’était plus profond. Il n’était plus le même le reste du tournoi, et pour la première fois de sa vie, m’a dit qu’il avait moyennement le goût de rejouer.
 
Ok, on a un petit travail de père à faire, ici.
 
Après une calme discussion dans l’auto, il m’a avoué que depuis l’événement le matin, un coéquipier n’avait pas cessé de lui remettre sa bévue sur le nez. Une fois, deux fois, quatre, six fois, il revenait à la charge. « Je peux pas croire que tu as tiré à côté! ».
Toute la journée, jusqu’au match suivant, il tirait sur le pansement chaque fois que ça commençait à cicatriser. Oh, en riant, bien sûr : « Même ma grand-mère aurait pas raté ça, ce matin! ».
 
En vieillissant, on apprend à rire de soi. On apprend à relativiser, à reconnaître aussi nos forces, même quand on a des faiblesses. Et c’est un travail que mon sensible garçon va devoir faire tout au long de sa vie. Mais j’ai vu la différence entre les deux situations d’échec. Avoir honte soi-même, c’est une chose. Se faire démolir la confiance par un ami, c’en est une autre. 
 
Tout sert de leçon, dans le sport. Ça m’a permis de lui rappeler que si jamais l’inverse se produit et que ce même coéquipier rate son coup, il réalise que la douleur qu’on ressent soi-même est déjà assez intense comme ça.
 
Tout ce qu’on souhaite, quand on rate son coup, c’est d’aller se cacher dans un trou, et laisser le temps nous guérir l’âme. Pas facile, ça. À force de parler ensemble sur le chemin du retour, il a repris tranquillement confiance. Mais on voit que les mots peuvent être cruels.
 
C’est fou, hein. Mon garçon oublie dix mille choses toute la journée, ses bas, ses devoirs, ses plats de lunch, ses crayons, ses souliers, etc.
 
Et là, tout ce que je souhaite, c’est justement qu’il… oublie vite.